10. septembre 2015 · Commentaires fermés sur « Pietra viva » de Léonor de Recondo… et d’autres · Catégories: Lu, vu, entendu

Voici quelques livres , qui ont fait mon bonheur cette année, cet été
Certains m’ont ravie, transportée ; d’autres m’ont saisie à la gorge, tous m’ont fait réfléchir, parfois en me faisant croire que j’étais, à leur lecture, rendue plus intelligente, mais oui ! mais oui !
Quelques-uns m’ont consolée, prise dans leurs bras, merci ! D’autres enfin m’ont fait rêver, m’ont emmenée sur les chemins d’enfance, où l’émerveillement est naturel…             

Simone Bousquet

1- Pietra viva de Léonor de Recondo (Points poche, 181 p)
J’avais beaucoup aimé « Amours » de Léonor de Recondo. Vous aussi, sûrement. Je vous suggère de lire alors celui-ci.
Le prétexte est le voyage du sculpteur Michelange à Carrare où il va choisir les marbres qui lui permettront de sculpter le tombeau de Jules 2. Il est en deuil, il ignore de quoi est mort l’homme dont il est profondément (et platoniquement) amoureux . Il s’étourdit de travail, mais la rencontre d’un enfant et des gens simples, forts et sensibles qui taillent leur montagne, leur marbre blanc pour lui, le conduit dans les chemins de son enfance et c’est une magnifique évocation de sa mère qui surgit dans son âme tourmentée et l’apaise enfin.
C’est un récit sobre, sensible et puissant, qui frémit, là, dans une écriture superbe…

2- Rue des voleurs de Mathias Enard (Actes sud poche, 256p)
J’ai beaucoup aimé ce livre pour sa pertinence, son actualité, sa légèreté de ton dans la tragédie et sa profondeur …
…C’est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d’épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d’espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l’âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va “fauter”, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi.
Commence alors une dérive qui l’amènera à servir les textes – et les morts – de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l’amour et les projets d’exil.
Dans Rue des Voleurs, roman à vif et sur le vif, l’auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l’heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l’énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d’un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d’improbables apaisements, dans un avenir d’avance confisqué, qu’éclairent pourtant la compagnie des livres, l’amour de l’écrit et l’affirmation d’un humanisme arabe.
C’est je crois l’essentiel de la 4eme de couverture, rien à ajouter, sinon que je vais me précipiter à la librairie pour acheter « Boussole ». On dit que c’est un chef d’œuvre, peut être le prix Goncourt ?

3- Les voix du Pamano de Jaume Cabré (Poche10/18)
C’est un polar ? oui car il y a mort, enquête, suspens et intrigues multiples habilement mélangées
C’est un roman ? oh oui ! qui introduit Confitéor du même auteur
C’est un traitement très original de l’Histoire
C’est à mon sens une belle avancée dans la littérature et … applaudissons la traduction !
Surtout ne pas se laisser arrêter au début par les différentes voix qui s’entremêlent et qu’on ne reconnaît que progressivement !
« Les voix du Pamano est une saga catalane sur la haine et le meurtre, sur un amour presque monstrueux dont la violence perdure des décennies après la mort, sur une gigantesque falsification de l’Histoire, sur le pouvoir de l’argent dans les mains d’une femme fascinante mais aussi formidablement assoiffée de vengeance. Une vengeance née du terrible été 1936, lorsque la jeune Elisenda Vilabrù voit son père et son frère se faire brutalement tuer par les anarchistes de son village. […] Ce roman est un mélange fascinant de temps, de personnages et d’événements. En une phrase, l’histoire peut avancer de 60 ans avant de revenir au point de départ. […] Ce livre a un charme remarquable, il est éminemment poétique. Sans compter qu’il est rarissime d’avoir envie de relire un livre depuis la première page après avoir tourné la dernière.» (Ariane Thomalla, Arte)

4 – Chemins de Michèle Lesbre (Editions Sabine Wespieser, 144 p)
J’avais beaucoup aimé « Ecoute la pluie » , roman bouleversant , j’ai encore aimé « Chemins »
La narratrice nous entraine dans des chemins buissonniers, aux bords de la Loire de son enfance. C’est une errance douce et rêveuse : elle se souvient de sa famille, retrouve des lieux de bonheur des souvenirs de légèreté et de tendresse mais aussi un père toujours absent dont il lui reste l’image d’un jeune homme lisant et relisant les « Scènes de la vie de bohême » de Murger. Au fil de rencontres douces, joyeuses ou insolites, elle chemine dans la beauté des paysages, à la recherche de « l’intime étranger », son père.
C’est un livre superbe à l’écriture limpide, sensible, pleine de finesse, les chemins parcourus sont lumineux, les personnages complexes et attachants.

5 – La petite lumière d’Antonio Moresco (Ed. Verdier, terra d’altri, 124 p)
Les ami-e-s qui ont lu ce livre chez moi cet été l’ont beaucoup aimé et en ont interprété la nature et le sens très différemment de moi, et vous qu’en penserez-vous ? Métaphore oui ! mais de quoi ?
C’est (selon moi) un livre sombre et magnifique, le récit d’un dégagement, de la fuite dans une nature sombre, puissante, déchaînée d’un homme désespéré. Au cœur de la tempête qui s’annonce dans cette vallée sauvage où seul un ermitage sommaire l’abrite, toutes les nuits à la même heure une petite lumière s’allume sur le versant abrupt qui ferme son horizon.
C’est quoi, cette lumière alors qu’aucun chemin ne mène à cet endroit ? ou plutôt c’est qui ?

6 –L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Rosa Montero (Ed. Metaillé,175p.)

Le prétexte, c’est l’évocation du journal bouleversant qu’a tenu Marie Curie après la mort de son bienaimé Pierre Curie. Rosa Montero devait en faire une préface : elle en a fait un récit aux multiples sources, aux multiples réflexions : elle mêle les évènements de sa propre vie, la perte de son compagnon bien aimé, la relation avec ses parents, ses amis militants, avec la vie exaltante et dure de Marie Curie , et ceci dans les contextes comparés des époques…
C’est surtout un assemblage fabuleux d’émotions qui raconte la souffrance, la perte de l’homme aimé, la fragilité du cœur humain , le sentiment de culpabilité des femmes, la force de la vie, l’obligation envers ses parents, l’amour, la féminité, la douleur, la solitude devenue apaisante, la violence et la douceur de l’empreinte laissée par l’autre…
J’ai eu l’impression que ce livre était écrit pour moi avec une infinie délicatesse simplement et… joyeusement. Oui c’est possible m’a-t-elle dit, de parler de tout cela avec légèreté. C’est le miracle de la littérature, « arme puissante contre la douleur »

Pessoa dit, je crois : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »

 

 

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