09. janvier 2016 · Commentaires fermés sur « Un cri de paix » de René Depestre · Catégories: Poèmes et Mots

Un cri de paix
Tu ouvres ce soir des yeux merveilleux,
Tu regardes les hommes, la terre, la vie,
Tu as des yeux sur tout le corps.
Ta bouche regarde, tes poumons aussi,
Tes mains ouvrent cinq paires d’yeux,
Ton ventre, ton sexe, tes pieds, par la vue
Prennent possession de l’écorce somptueuse du monde.
Ton destin regarde, tu veux tout voir.
Tu veux être pierre avec les pierres,
Arbre avec les arbres,
Rossignol avec les rossignols,
Humain avec les humains.
Tu aimes ton siècle,
Tu te roules dans son herbe,
Tu veux que toutes les menaces s’éteignent,
Que l’atome de la folie
Laisse à la terre la douceur de vivre,
A des millions de mains qui se croisent,
A des millions de lèvres qui se retrouvent
Après un long et douloureux divorce,
A la joie suivant jour après jour
La sève qui s’épanouit dans les rosiers.
Tu regardes, frère.
Tous les yeux de ton corps sont en larmes,
Tu aimes, tu es amour,
Tu es tendu comme un arc
Vers l’objet de ta passion : la terre humaine.
Tu veux crier, sortir dans la rue,
Être porteur d’une contagion merveilleuse
Que tu répandrais sur ton chemin.
Tu en imbiberais le pain, l’eau, le sel,
Les baisers des amants, le feu, les fleurs,
Les mots de toutes les langues,
Les draps de tous les lits,
Le lait de toutes les mères.
Tes yeux te font mal, tes yeux sont en flamme
A force de regarder la vie avec amour.

 

René Depestre

 

Ce poème a été dit par Romane Bohringer, en hommage aux victimes de Charlie-Hebdo à écouter en cliquant  ici

 

 

 » René Depestre est un poète et écrivain né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.

Il publie en 1945 ses premiers vers dans le recueil Étincelles. Engagé dans la vie politique de son pays, il est incarcéré, puis doit quitter son île natale pour partir en exil en France, puis à Cuba. Il y exerce pendant près de vingt ans d’importantes fonctions aux côtés de Fidel Castro et Che Guevara. Il continue à écrire des poésies et publie notamment Minerai noir en 1956, traduit en russe en 1961 par Pavel Antokolski, dans lequel il évoque les souffrances et les humiliations de l’esclavage. Dans les années 1970, il fuit Cuba et les dérives castristes, et s’installe à Paris où il travaille de nombreuses années pour l’UNESCO.

René Depestre poursuit son œuvre d’écrivain-poète à Lézignan-Corbières où il s’est installé dans les années 1980. Son roman Hadriana dans tous mes rêves (1988) reçoit le Prix Renaudot, le Prix du roman de la Société des gens de lettres et le Prix du roman de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 1991, il remporte le Prix Tchicaya U Tam’si pour la poésie africaine, et en avril 2007, il est le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie pour son livre La rage de vivre édité aux éditions Seghers. »

Source Wikipedia

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