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13. avril 2021 · Commentaires fermés sur Nos arbres des « 21 » · Catégories: Remedes

Merci Anne-Marie B., Jehanne, Marie-Hélène, Myriam

Nous nous sentons bien avec vos arbres découverts dans vos textes et avec vous qui nous les présentez.

En voici quelques uns. Nous attendons les vôtres !
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Mon arbre,

Mon arbre d’Octobre m’avait surprise. Je m’avançais doucement, attirée par ce qui allait nous arriver…car j’imaginais tout de suite une relation, entre lui et moi. Une rencontre….

L’arbre était flamboyant, d’un orangé brillant. Il attirait le regard comme il gardait la lumière. Pour nous. Comme une invitation au dialogue, à la méditation, ou simplement au plaisir d’être ensemble.

Mon arbre de Décembre, se dépouillait, ses feuilles et ses branches se dénudaient. Etait-ce pour affronter l’hiver sans risquer de les voir se rétrécir ou griller sous le froid, ou pire, disparaitre, transportées par un vent sournois ou jaloux ? Je n’étais pas venue depuis plus d’un mois…avait-il été déçu ? Malheureux ? Jusqu’à se laisser atteindre ainsi ?

J’essayais de comprendre.

 Mais en tombant, ses feuilles composaient un tapis toujours lumineux à ses pieds, près de son tronc, juste sous ses branches dénudées.  Il me paraissait si triste alors, résistant quand même, comme s’il voulait conserver le plus longtemps possible, ce panache que l’automne lui avait donné et qui m’avait tellement séduite.

Est-ce la nature qui l’avait voulu ainsi ? D’autant plus magnifique qu’il était voué à l’éphémère ? Nous avait-elle trompés lui et moi ? Ou était-ce lui, qui désespéré de ne pas me voir, plongeait dans la dépression ? Je réfléchissais devant sa beauté passée, admirant encore ce tapis toujours fringuant, mais qui allait sans doute vivre seulement quelques semaines. 

Mon arbre de Janvier fidèle à ce que je pressentais, me rendit triste. L’orangé flambant à ses pieds, n’était plus. Un marron clair s’attardait, résistant à peine au vent qui le dispersait. Et peut-être le souhaitait-il pour oublier tout signe évoquant son ancienne magnificence …

L’arbre me tendait ses branches nues, offertes au temps, au froid … cherchaient-elles ainsi ma compassion ? …

Alors je m’en suis détournée, lui disant que je reviendrai le voir au printemps, et que, s’il n’avait pas commencé à devenir vert clair, c’est qu’il serait mort et notre histoire terminée.

Mon arbre d’Avril… 

Un très léger, timide et tendre vert me fit une sorte de clin d’œil complice…

La délicatesse de cette couleur et la vie qu’elle portait…me comblait. 

Anne-Marie B.

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Mon arbre à moi 

Que seras-tu mon arbre à moi ? Arbre qui m’appelle, royaume de branches courbées crochues et emmêlées, un doux gris permanent de tes feuilles menues et argentées, une explosion de couleurs marquant le pas des saisons, arbre refuge du vent et des battements d’ailes, arbre sage éternel, arbre des bourrasques et des apaisements, arbre chant du monde à qui parler de soi, arbre où écouter les bruits des vies multiples. Arbre qui porte des fruits, des anciennes histoires, des secrets confiés, arbre qui console, cajole, arbre qui tutoie le ciel de l’univers et fouit l’humus pour parler à ses frères, fanal fuselé de vert noirci, tu me dirais la durée qui s’attarde, de la vigne au cimetière, tu scanderais le déroulé du temps. Arbre à caresser. Arbre à grimper de l’enfance entre ciel et terre, arbre ombreux parasol, arbre à pain, à singe, à feuilles, à ramure épineuse, arbre univers mystérieux et bruissant, je vous salue ô arbres multiples. Vous êtes tous un peu miens,

Et aujourd’hui, encore au mitan de l’hiver, blanchi par les grains de neige, un arbre m’a dit que le bout de ses branches déjà s’étirait, que de petits bourgeons pointaient vers le dehors, que déjà la nuit reculait et que la douce tiédeur du renouveau nous embrasserait, alors, j’ai souri.

Jehanne

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L’arbre m’a dit

J’ai croisé un  drôle d’arbre sur mon chemin, il a surgi sur la croupe d’une colline pelée, seul au milieu des bouquets de buissons épineux.  Sans être immense, son tronc trapu était tout bosselé et ses branches tordues hésitaient entre ciel et terre, écartelés entre des désirs contradictoires. Un viel arbre tout noirci, tout esseulé sur le chemin, revêtu d’un plumage de feuilles d’un vert minuscule et brillant, un arbre qui noircissait le bleu profond de l’horizon, noir strié sur bleu ondulé. Les arbres murmurent, dit-on, depuis les temps immémoriaux, ils bruissent, chuchotent, bavardent entre eux comme les vieilles à la veillée. On peut  entendre leurs voix  sifflantes colporter les bruit éteints venus du passé d’antan, les récits  des origines et les colères des  cieux immuables et des grands ancêtres arrachés à la glèbe hostile et à l’inconnu ;  c’est qu’ils écoutent les arbres ce que l’on dit sans y penser, nonchalamment adossé à l’écorce rugueuse ou trônant sur une racine bombée. L’arbre de mon chemin a-t-il ouïe un humain lui susurrer ses rêves au creux de sa peau lézardée ? A-t-il connu le pendu lui confiant son âme désespérée ? A-t-il recueilli les paroles de passants bivouaquant à son pied, murmures des pèlerins en route sur la paix du chemin,  voix des amants serments enfiévrés des,  cris joyaux d’enfants accrochés à ses branches ? Arbre solitaire,  as-tu entendu l’effroi de l’enfant apeuré par les grondements de l’orage tout proche, se recroquevillant à ton pied, sous l’auvent rassurant de ta parure de branches. L’ enfant sanglotait sa peur et s’accrochait à l’abri faussement protecteur de ta ramure toi que l’éclair souvent foudroie. Mais l’enfant ne pouvait se résoudre à quitter le seul être vivant dans cette aridité de pierres  et d’épineux et t’ implorait de le sauver. Bientôt le vacarme mêlé de bruit, d’eau et d’éclairs torpilla et l’arbre et l’enfant qui supplia de l’arbre de résister à la furie du vent. Tous deux pareillement secoués et trempés par la bourrasque pleuraient, l’enfant se serrait plus fort encore à toi, petit arbre valeureux.  La tempête dura longtemps mais tu fus épargné par la foudre qui alla frapper un de tes lointaines cousins sur une autre colline. L’enfant cessa alors ses pleurs, embrassa ton écorce rugueuse et te promit de revenir te saluer. Un jour me promenant sur la colline pierreuse, je vis un homme tenir embrassé un vieux chêne liège austère, il appuyait son front sur le tronc écailleux, il murmurait comme on parle à soi-même, dévot de quelque culte chamanique. Lorsque j’avançais à sa hauteur, il interrompit sa prière et me raconta son histoire avec l’arbre. J’aurais aimé qu’elle fût aussi la mienne.

Jehanne

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Aujourd’hui le printemps a bondi hors de sa niche hivernale. Il arrive ! Depuis un moment il s’y préparait le bougre, des petits doigts timidement verdis pointaient aux les branches dépouillées par l’hiver, quelques boutons de fleurs décoraient déjà les tiges où la sève s’activait, le grand peuplier se couvrait de myriades de feuilles en puissance, petits points fripés au rouge hésitant. Et soudain, le rose explosa en nuages aux branches nues des prunus tandis que les pâquerettes du jardin annonçaient la venue des violettes. Un arbre puis un autre et encore celui-là passe du gris au vert. Partout ça explose de couleurs et dans le parc, l’on s’arrête sur un banc les yeux dans le chaud soleil bleu tout rempli du bruissement des ailes des oiseaux rentrés de leur hivernage. Tout énamourés, les pigeons font déjà les jolis cœurs et déclament leur flamme au sommet des grands acacias.  D’en haut, les dégrades de gris se font tâches de couleur Printemps, tu es là, je t’entends, te sens, te respire, tu es les fenêtres qui s’ouvrent, les pelouses que l’on foule, les possibles à venir. Printemps, je te hume, t’avale et je voudrais te goûter, savourer chacun de tes bourgeons, de tes boutons, de tes éclosions. Printemps peintre et poète tu es le temps retrouvé.

Jehanne

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AU PRES DE MON ARBRE, JE VIVAIS HEUREUX
JE N‘AURAIS JAMAIS DU M’ÉLOIGNER DE MON ARBRE…

AUPRÈS DE MON ARBRE JE VIVAIS HEUREUX
JE N’AURAIS JAMAIS DÛ LE QUITTER DES YEUX.

Tu étais là avant notre arrivée.

Tu nous accueillis, avec sous ton ombre, une vielle table et deux chaises comme une invitation à venir s’assoir pour deviser. Tu offrais l’image désuète d’un tableau impressionniste et tu as probablement participé à mon coup de cœur pour la maison.

C’était il y a exactement 30 ans.

Tu n’es pas beau. Un grand « cyprès bâtard » comme l’a dit Lucien, le grand père provençal.

Tu étais déjà trop grand et trop près de la maison quand nous sommes arrivés. Tu l’écrases de ta silhouette sombre.

Combien de mètre as-tu pris depuis ? Dès que l’on débouche au coin de la rue, on te voit qui surplombe et c’est un bon repère pour qui vient nous voir.

Combien de personnes nous ont dit de te couper ? Il y a même un ami qui m’a proposé de m’offrir le nouvel arbre qui te remplacerait. Tous les élagueurs qui passent dans le quartier viennent sonner au portail.

Nous avons souvent pensé à te remplacer par un feuillu, un platane, un albizia, un murier-platane. Mais nous ne l’avons jamais fait, par difficulté à choisir, parce que trop compliqué, par manque de temps.

Le temps a passé et plus le temps passait, moins il était judicieux de planter un arbre qui demanderait des années pour pousser.

Alors nous avons cohabité.

Par la fenêtre tu lorgnes dans ma chambre, de plain-pied, puisque nous habitons à l’étage. On a l’impression qu’en tendant le bras on pourrait te toucher. C’est dire que nous dialoguons en permanence.

Tu as été le témoin de nos ébats, de nos chagrins, des câlins avec les enfants dans le lit, des temps de lecture, d’écriture. Des nuits de travail à mon bureau.

A toi seul tu es une forêt qui accueille généreusement en son sein de nombreux oiseaux, grands et petits qui cohabitent. Nous pouvons observer leur chassé-croisé lors de la fabrication des nids.

Les pies, principale colonie, ont disparu depuis quelques temps, je l’ai remarqué lors du premier confinement, laissant la place à des tourterelles ou à des pigeons. En ce moment ce sont des fauvettes à tête noire qui font leur nid. Les autres oiseaux sont partis.

Tu étais le refuge de notre chatte lorsqu’elle se faisait attaquer par le chat du voisin …mais il a quand même eu sa peau un jour où nous n’étions pas là pour le faire fuir.

Bien sûr nous n’aimons pas tes vilaines boules qui jonchent le sol et font mal au pied et ce sol rendu acide sur lequel rien ne pousse.

Mais où suspendrions-nous la balançoire, où accrocherions nous les guirlandes, le hamac, si tu n’étais plus là ?

Et surtout, surtout, tu es :

Mon rempart contre la vue, si tu n’étais pas là nous serions nus.

Mon moucharabié, par lequel je vois dans les interstices, le bleu du ciel.

Mon printemps quand nous mangeons sur la petite table du balcon, cachés des passants.

Ma couverture, mon manteau quand je lis ou travaille dans le lit.

Mon rideau quand je sors de la douche.

Mon enveloppe quand je pense au monde.

Tu es ma mauvaise conscience, mon regret, de n’avoir pas pu décider.

Tu es mon compagnon, qui comme moi vieillit. Tu n’as jamais soulevé la maison de tes racines et je t’en sais gré. Mais si un jour vieillissant, il t’arrivait de tomber sur la maison se serait une catastrophe et je dois m’en soucier.

Marie-Hélène

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