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01. juin 2021 · Commentaires fermés sur ENFIN ! et « nos arbres des 21… » · Catégories: Remedes

Merci Nadine P. et Jehanne pour le plaisir de la lecture de vos textes à partir de propositions faites sur le blog (19 et 21 mai 2021)!
A vos plumes, vous autres, si écrire vous dit !

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Enfin,

Plusieurs propositions, définitions pour ce petit mot.

Celle qui m’intéresse est celle-ci (dictionnaire Larousse) :

« Indique qu’un événement se produit, après avoir été attendu longtemps et avec impatience. »

Voilà, tout est dit !

enfin les salles obscures qui se remplissent, frémissent, bruissent

enfin les rires sonores tardifs qui brisent le silence pesant de la nuit qui tombe

enfin les verres qui s’entrechoquent, les rires, les chaises qui raclent les trottoirs

enfin les chants qui s’élèvent, mêlés aux notes des instruments surpris

enfin les sourires qu’on commence à voir, entrevoir,

ceux qu’on a attendu longtemps, avec impatience,

un événement qu’on voulait voir se reproduire au plus vite.

Nadine

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21 mai 2021

Balade en forêt

Au bord du canal de Beagle dans le lointain grand sud, les vents puissants courbent les hêtres de Magellan aux grands corps blancs efflanqués.  Alignés en soldats vaillants montant à l’assaut de la pente en rangs éclaircis, troncs et ramures, resserrés pour affronter la furie, ploient comme des mats au vert pavillon malmenés par la tempête ; l’eau grise comme le ciel frissonne, les bourrasques hurlent, nous chahutent et fracassent le végétal. Cette armée, tout entière arc-boutée à la pente pour ne pas chanceler, compose un paysage étrange et poignant.  Nous traversons alors un champ de bois morts et blanchis, troncs et branches arrachés à la forêt, minéralisés, sculptés par l’érosion, masques totémiques, figures animales fantasques, têtes et bustes tourmentés, une ballade de bois défunts. La pente se fait rude, le terrain gorgé d’eau se couvre de mousse spongieuse, les grands arbres se redressent plus on s’éloigne de la furie du vent. Du blanc, du gris, du vert et la voix hurleuse du vent qui nous bouscule, les fûts élancés et nous. Le sentier serpente désormais, la pente s’adoucit, nous entrons dans un sous-bois dominé par la lenga, le grand hêtre blanc de la Terre de feu à l’ample houppier vert clair. La forêt devient dense et nous serpentons entre les canelo aux petites fleurs blanches en ombelles qui portent des graines poivrières que l’on nous invite à goûter sur le chemin, son écorce, puissant antiscorbutique, fut utilisée jadis par les marins, nous dit-on.  Le sous-bois regorge de plantes aux baies arbustives comme l’épinette-vinette de Darwin qui protègent ses baies rouges par de redoutables épines, la gaulthérie mucronée aux baies rose violet, les notro aux fleurs rouge vif. C’est la fin de l’été, fleurs et baies affectent déjà un air d’automne.  Aux arbres s’accrochent en de longs filaments verts de gris les lichens de l’usnée barbue dite barbe de Jupiter et les petites boules jaunes du pin de l’indien qui servaient autrefois à la fermentation d’alcools. Nous progressons en silence vers le passé, un temps des origines que l’homme n’a pas encore marqué ni dégradé. Immense et profonde solitude que la vie animale parait avoir désertée, immortelle matière sans cesse recomposée, nulle splendeur orientale pour charmer nos sens mais du brut, de la verdeur virginale, du vif acéré comme mille lames, un amoncellement de formes primitives sans cesse recomposées par l’incessant travail de la nature, patiente ravaudeuse. Il nous semble toucher à une éternité de temps et d’espace confondus. Nous suspendons toute parole, impuissante et minuscule pour ne pas offenser le verbe du commencement.

Jehanne

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