12. septembre 2022 · Commentaires fermés sur Écho des Fenêtres du 22 ! · Catégories: Mots en partages, remèdes

Voici quelques courts poèmes d’un ami-poète du Québec qui témoignent du temps qui passe ...
Des textes écrits suite à la proposition d’écriture du « 22 » …

Et vous ?

Si proche
l’ombre mystérieuse
d’une rose blanche

ode à la canicule
et à l’éphémère

*

L’heure est silencieuse
précoce agitation
enfouie encore
sous mes paupières

l’inflorescence obscène
du monde
qui s’enhardit

*

Le réel
se niche nu
dans l’été
et un poème

*

Christophe Condello
St-Côme
22 août 2022

12. septembre 2022 · Commentaires fermés sur Visite de l’exposition au MO.CO à Montpellier · Catégories: Mots en partages, remèdes

Une exposition dérangeante et touchante

Piller/ Έκφραση de Berlinde de BRUYCKERE au M.O.C.O. jusqu’au 2 octobre 2022

« Toucher terre

crasseux

essoufflé

ombre de cendres

dernier parmi nous »

S’y aventurer, prendre son temps pour ressentir nos impressions.

Le mot grec ancien Έκφραση signifie « une description, une explication très précise d’un objet qui le rend presque réel, qui le fait comprendre ».

Aujourd’hui ce mot a pris le sens d’expression avec ses différentes significations en grec comme en français : l’expression artistique dont fait preuve Berlinde de Bruyckere. Expression originale, forte. L’utilisation de la cire entre autres matériaux comme une peau, à la fois souple et imperméable, lisse et colorée, sensible et translucide, elle laisse croire que l’on est face à la réalité quand cette dernière est création plastique…

L’expression d’émotions qu’il s’agisse d’enfermement, d’exil avec ses magnifiques Archangelos qui renvoient à une statuaire classique comme aux images de migrants, de condamnés. De la crainte, de la peine, de l’énergie comme de la fatigue… Chacun y découvrira bien plus, selon son état d’être devant ses œuvres. On n’est pas dans la recherche du beau ou du facile, plutôt dans celui de l’expressionnisme, de l’intense et du décapant.

Expression dans le sens tournure, expression figurée, détournée par l’utilisation de matériaux souvent inédits dans l’art : couvertures usées et trouées, peau de bêtes moulées et suspendues … Le père de Berlinde était boucher, sa grand-mère fleuriste. En quoi cela a-t-il influencé son art ? son expression ?

Entre performance et mise en scène, les pièces, dessins, sculptures, se répondent, se complètent, nous poussent au dialogue intérieur… de Pietà en vagins, d’animaux morts en chambres de la mort, des sans-abris à la guerre et bien plus, il y a l’homme, la vie, le sexe, sans oublier l’éclairage poétique d’Antjie Krog.

Je me suis amusée au caviardage d’un de ses textes :

« Un zeste de l’âpreté

rôde dans le subconscient

des ailes

Cela me bouleverse »

Comme vous l’avez compris, l’exposition qui n’est pas de tout repos, vaut la peine…


Brigitte C.

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A vous de donner des couleurs à ces Archangelos

06. mai 2022 · Commentaires fermés sur Instant poésie … · Catégories: Mots en partages, remèdes

L’édition 2022 sur le thème « L’Ephémère » a baissé le voile…
Sans attendre la prochaine édition …
Faisons vivre la poésie …

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Un bruit de bleu

On pourrait
Avant de partir
Écouter une dernière fois
Le vent dans le feuillage
On pourrait
Laisser là
Nos os
Pour voyager plus léger
Et l’on attendrait
L’une de ces nuits
Où la lune
Ouvre un chemin sur la mer.

Louis Raoul, Un bruit de bleu, L’Ail des ours, 20

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Blanc sur Blanc

Traverser le matin jusqu’à la feuille
des peupliers,
être frère d’une étoile, ou son fils,
ou peut-être père un jour d’une autre lumière de soie, ignorer les eaux de mon nom,
les secrètes noces du regard,
les charbons et les lèvres de la soif,
ne pas savoir comment l’on finit par mourir d’une telle hésitation,
un si grand désir
d’être flamme, de brûler ainsi d’étoile
en étoile, jusqu’à la fin.

Eugenio de Andrade,
Blanc sur Blanc, Traduit du portugais par Michel Chandeigne, Éditions de la Différence, 1988

28. avril 2022 · Commentaires fermés sur Echos des fenêtres des « 22 » … · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Anne-Marie Bes. pour ce texte.

L’insolence des fleurs !

Elles sont toutes en fête !

Pourquoi un si grand chatoiement !

A tue tête, depuis ma fenêtre ouverte

Elles jettent vers le ciel leurs pinceaux de couleur,

C’est indécent cette cacophonie !

Cette douceur et cette violence réunies,

De tous côtés, point de repos pour le regard,

Un aveuglement.  Charmant !

Et si je suis, moi, d’humeur morose,

Et si je prends mal

Toutes ces roses écloses,

Leur parfum entêtant, pour enivrer l’abeille

Vibrante d’amour pour elles !

L’odorante haie de photinias, sucrée de fleurs blanches leur offre un vrai reposoir.

Et si je boude la gerbe d’iris fraîchement déployée,

Savant bouquet, intense, violet

Trop vibrant, trop riche, trop parfait !

Les yeux noirs de Suzanne grimpent en majesté.

Mais qu’ont-ils donc à me regarder ?

Lumineux, calmes, posés.

Et si je veux me cacher !

Comme la violette déjà fanée

Comme le muguet à peine inquiet

De quel bonheur est-il porteur dans sa redingote verte ?

La glycine ! Ô Merveille ! a déjà perdu bien de ses attraits 

Tant mieux, c’est agaçant tant de beauté.

Les tulipes, raides et fières, les joues enflammées jacassent sur le bas- côté.

Les coquelicots au loin, ponctuent de rouge tout le chemin

Entremêlés à leurs lointains cousins les escholtzias

Qui friment dans des habits aussi brillants que le soleil.

Là- bas, un peu à l’étourdi, fleurit un petit coussin rose

Dans un grand pot vieillot.

Le grand spectacle annuel du divin magicien a sonné les trois coups.

Tout est ordonnancement dans cet apparent chaos.

La terre s’emplit d’échos et d’arcs- en- ciel.

L’insecte se réveille, l’oiseau se prépare,

Chante, bruisse, volète, parfume et se déploie la vie.

Ils ont l’air de ne s’apercevoir de rien !

Le printemps leur suffit !

C’est beau l’insouciance !

Ils s’enivrent de lumière, d’azur, ils dansent dans l’or des jours heureux !

Trop, ça en est trop, je referme la fenêtre, cette volupté me fait pleurer !

Et j’ai perdu toute innocence !

Anne Marie Bes.

06. avril 2022 · Commentaires fermés sur Échos des fenêtres des « 22 » … · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Isabelle C. et Anne-Marie Bes., Gérard pour vos textes

Tic- tac, tic- tac
« La pendule au salon, qui dit oui qui dit non… »
Brel emplit la pièce de sa voix nostalgique, mélancolique et sans appel, la mort arrive à grand pas…
Alors oui, le choix a été fait, les vitres n’ont pas été lavées depuis l’âge de la retraite ; comme çà disent les « vieux », on ne voit plus le temps passer.
Aujourd’hui ils ont ces deux-là, ils ne le savent même plus…
Vous parlez d’« âge », mais quel mot barbare !
Cela ne les concerne plus et puis qui s’en intéresse ?
Ils sont seuls, délaissés, délabrés derrière les carreaux noircis et délavés.
Sans intérêt, les gens passent, trébuchent, courent, s’enlacent…peu importe la maison semble abandonnée, vide.
Personne ne lève le nez, hiver comme été, la fenêtre reste fermée.
Nous sommes tous emmurés derrière nos préjugés, la vie s’éteint petit à petit…
C’est fini !
Demain un jeune couple viendra s’installer, peut-être y aura-t-il un bébé…
Peu importe, les baies seront propres, étincelantes, accueillant de nouveau la lumière, la vie, l’espoir, les rires, les chagrins du quotidien. Les battants s’ouvriront dès le printemps.
La chaleur estivale pénètrera mais cet éphémère ne durera qu’un temps.
La pendule au salon :
Tic- tac, tic -tac
« qui dit je vous attends ».
 
Isabelle C

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Texte sur la fenêtre délabrée.

TANDIS QUE JE ME MEURS !

Cassée, bien cassée !

Fatiguée, tellement fatiguée !

Usée, trop usée !

Désenchantée !

De solitude glacée !

De pourriture encombrée !

Bouche ouverte, édentée !

Aveuglée, yeux crevés !

Paupières arrachées !

Désossée, délabrée, décharnée !

De mes orifices morbides

S’exhale une odeur fétide

De pourriture

De moisissure.

J’agonise

Mais je résiste au temps et à son emprise.

Le soleil, qui n’a plus rien à réchauffer,

Joue seul avec les toiles d’araignées.

La pluie se déverse à flots

Par ces étranges et noirs goulots.

La pluie, qui, a joliment fleuri

D’ocre et de safran mes vieux os de pierre, meurtris.

Dans ce désastre

Ne brillent ni lune, ni soleil, aucun astre.

La mort !… la vie est partie !

La vie s’est enfuit !

Celle des enfants, leurs chants, leurs pleurs

Celle des femmes tissant le bonheur.

Le parfum sucré des confitures

Le bel enveloppement de la nature

La chaleur du feu qui pétille

L’animation joyeuse de la famille.

La belle vaisselle sur la table

Les convives élégants et agréables.

Oui, je fus riche, je fus belle

Brillante et même spirituelle.

Je ne fus pas le taudis

Du pauvre qui se languit.

Je fus solidement construite

Avant que d’être détruite,

Taillée, façonnée pierre à pierre

J’avais une allure bien fière.

Mais voilà, je ne suis plus tendrement aimée,

Je suis lasse et abandonnée,

Visitée seulement

Par la violence des éléments,

La pluie, le soleil, la foudre, le vent

Livrée à leur vindicte folle

Je demeure sans mot, sans parole.

Par leur force réunis ils m’enserrent, m’outragent,

Me dépècent, me violent, me saccagent.

Oui je suis Résistante !

Mais jusqu’à quand serai-je la battante ?

Mais jusqu’où ira mon supplice ?

Quels seront la multiplication de mes sévices ?

Quelle ultime bourrasque m’affaiblira !

Qui saura voir dans ma déchirure

Et ma solitaire décrépitude

Un nid possible

Pour y recréer de l’amour, de l’invincible.

Qui ? Quand ? Comment ?

Tandis que je me meurs !

Anne Marie Bes.

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A toi, l’intemporelle, l’immuable, l’éternelle

Tu es et as toujours été présente au fil des ans.

Tu as vu, tu as épié consciemment ou non, quelle curieuse, tu fais !

Véritable concierge, tu as écouté et entendu les lourds secrets qui ne seront jamais dévoilés et finiront dans la tombe… Mais, comme par miracle, tu n’as jamais rien dit. Silencieuse et stoïque, tu ne bouges pas. Parfois à la tombée de la nuit, tu grinces, est-ce le poids du passé qui t’oppresse ou uniquement les gonds de tes volets légèrement rouillés qui auraient besoin d’être un peu huilés ?

Enfant, tu accueillais mon ombre, mon reflet, mon image. Pour moi, tes vitres étaient de   véritables joues toutes douces, toutes rondes, chaudes ou glacées selon les saisons. Mon souffle t’embrumait, je trouvais ça très rigolo. Peut-être, est ce que je te maltraitais sans m’en rendre compte et que pour te venger, tu devenais invisible.

Alors, lorsque j’arrivais sur toi à toute vitesse en quête d’un câlin, pour tout cadeau, je revenais avec une énorme bosse frontale.

Je te détestais, j’hurlais m’étranglant à chaque syllabe, m a m a n, ma man, maman ! Aveuglée par mes larmes, tout en haletant, je me jetais dans les jupes de ma mère, qui m’attendait au bout du couloir avec le produit magique qui soulagerait tous mes maux et me permettrait de repartir aussi vite que j’étais arrivée. Souriante elle déposait un gros poutou sur ce vilain bobo, me recommandait de bien faire attention, m’assurant de son amour éternel et voilà ; ni une, ni deux, tout était oublié. Prudemment, je revenais te voir.

J’étais totalement subjuguée. Une attirance incontrôlable due à je ne sais quel phénomène, la clarté, la luminosité autant que la noirceur, la transparence…

Aujourd’hui j’ai beaucoup vieilli et je souris en regardant mes petits-enfants, eux aussi totalement happés. Mêmes gestes, mêmes cris, mêmes rires, mêmes sanglots, et oui, la vie n’est qu’un perpétuel recommencement, seuls les protagonistes changent.

Sur la roue de l’existence, tu te nommeras toujours perpétuelle et moi, je n’aurai été que l’éphémère.

 Isabelle C

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Ce matin en ouvrant ma fenêtre

Quelques flocons et le froid

Givraient le Pays Guillestrois

 J’ai pris mes semelles de vent

 Et monté vers Tramouillon d’un pas lent

Lumière Queyrassine
sauras-tu me faire un signe
Le jour où je me serai enfui
Dans l’ubac de l’ombre tapi


Gérard

09. février 2022 · Commentaires fermés sur Les « 22 » … en mots · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Nadine, merci Véronique pour vos textes …

Faire la poussière

Je vois souvent le matin, dans l’immeuble qui fait face à ma fenêtre de cuisine quand je prends tranquillement mon petit-déjeuner, une femme qui secoue son chiffon à poussière. Elle met dans ce geste un rythme saccadé mais lent, sorte de mesure à elle unique, geste maintes fois répété.

Je ne peux lire ses traits, je vois sa silhouette de loin car l’immeuble est de l’autre côté du petit parc derrière chez moi, mais ce matin quand je l’aperçois, je revois ma mère faire la même chose. Poussière emprisonnée dans le tissu doux, poussières rejetées aussitôt en dehors du nid familial. Tout était briqué : le cosy autour du lit de ma grande sœur où des bibelots que je ne pouvais toucher s’étalaient, le bahut vernis pour la vaisselle du dimanche où trônait, souvenir intact, une coupe à fruits en verre épais, très lourde, qui n’a jamais vu de fruits mais dont l’élégance de l’époque devait représenter le comble du chic pour ma mère et qui se reflétait dans l’immense glace murale biseautée. Tout devait briller et pourtant elle n’était pas une maniaque du ménage.

Je la revois ce matin faire ce geste par la fenêtre mais le rythme est autre que celui de ma voisine : toujours vif, tout doit aller vite, toujours. Son plus grand regret à 88 ans, c’est d’avoir changé de cadence.

« Faire la poussière », au singulier, au pluriel, cela changeait-il la charge de travail ?

Mes sœurs et moi devions en grandissant nous charger de certaines tâches dans la maison mais celle-ci, je crois me souvenir qu’elle la gardait pour elle.

Ma voisine éloignée ressort sur son petit balcon. Sans la guetter nullement, je l’ai déjà vue faire. Elle ressort sans rien dans les mains et durant quelques secondes elle regarde au dehors. Elle balaye du regard son environnement proche. Me vient à l’esprit qu’elle vérifie si tout est en place, si le monde est, comme chez elle, bien rangé et bien propre. Et elle rentre.

Nadine P.

Texte paru sur le blog de l’APA

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Au delà, la nuit tranquille
Des ombres glissent
Des bruits filtrent
A peine des senteurs parviennent à ma narine

En deçà, ma nuit pénible
Corps qui s’agite
Esprit qui cogite

Mes yeux ébouriffés guettent
Les gouttes de lumière
Les filets dorés
Sanguins puis orangés

Calligraphie solaire
Lecture sensible
Corps qui s’apaise
Esprit qui rêve
Sommeil de lumière
A peine la fenêtre

_____ Véronique Bros – janvier 2022 _____

23. novembre 2021 · Commentaires fermés sur Des arbres… des textes … des 21 … · Catégories: Mots en partages, remèdes

Autre texte sur les arbres des « 21 »
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L’instant,

L’instant précis, précieux, de la chute de la première feuille de l’arbre.

Première fugue !

Premier mouvement !

Celui qui donne le LA à toute la symphonie d’automne.

Rien n’avait encore bougé.

L’air était immobile,

Le bleu du ciel immensément bleu,

Le soleil dans sa lumineuse splendeur tremblait dans les branches, un vrai soleil d’été, juste un peu moins violent, plus envoutant, jaune d’or, couleur de la première feuille.

Elle s’envole,

Elle tremble,

Elle danse,

Elle volette doucement de-ci de-là, pas très sûre de sa chute, un peu à l’étourdi, flâneuse et indécise.

Elle tombe sans conviction mais avec certitude, lentement, doucement, inexorablement.

A l’insu de tous, ou presque…

La première feuille du grand détricotage de l’arbre, de la grande mutation des saisons !

Première envol,

Première larme,

Unique et dernier baiser à la terre qui l’a nourri, douce et chaude

A l’insu de tous,

A l’insu du monde,

Le privilège rare de l’instant capté dans la lumière, d’un regard.

Chut ! elle a chu, délicatement, sans crier gare, obéissante à la fuite du temps qui va l’emporter.

Rien n’a bougé, rien n’a changé dans le grand tohubohu de la Terre.

Pas de cri, pas de bruit pour le premier mouvement du grand renoncement à venir.

Un grand dépouillement s’annonce, elle seule sait déjà.

Les autres feuilles, compagnes des beaux jours passés, moins hardies, vertes encore de leur prime jeunesse rient, insouciantes, de cet intrépide saut dans l’inconnu.

O ! la magnifique beauté, pure et insolente de la première feuille qui ose la nouvelle grande aventure du cycle de la vie !

Témoin silencieux du minuscule mouvement qui sans répit, nous porte et nous emporte, as-tu perçu cet infini douceur accablante et splendide, irrémédiable ?

L’instant bref, décisif, fatal qui te coupe de ta matrice nourricière et te projette dans un autre avenir où seul tu dois survivre ou te réinventer !

Anne Marie Bes.

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21 août 2021  La cabane

Elle n’est plus notre vieille cabane, tout au bout d’une des faïsses du jardin de Rose, ce souvenir encore là du passé et des enfants que nous étions alors. Notre petite bande l’avait investie grâce à la mère de Rose, qui, soulagée de voir enfin sa fille unique toujours si seule ramener des camarades d’école chez elle, nous avait autorisés à l’occuper.  C’était notre royaume, cette pauvre remise délabrée aux planches rugueuses mal ajustées qui laissait filtrer une lumière rayée où dansait la poussière de son. Mais ce n’était pas pour Rose, si effacée et sans grâce, que l’on venait après l’école mais pour elle, notre hutte de mohican, notre cabane de trappeur, notre palais de la reine des neiges, notre bateau de Moby Dick, notre monde volant.   Après la classe, on s’y réunissait à quelques-uns du village pour manger nos tartines et partager, un peu coupables, les bonbons achetés en cachette en chipant de la menue monnaie dans le porte-monnaie de nos mères ou chapardés à la boulangerie. Assis sur l’antique banc boiteux qui occupait le mur du fond et les quelques vieilles malles où l’on cachait nos trouvailles et nos secrets, on s’inventait des vies fabuleuses, en chevauchant notre banc immobile. Et parfois s’invitait dans nos jeux l’apprentissage maladroit et troublant du « fruit défendu » C’était toujours Françoise, la plus délurée d’entre nous, qui nous lançait crânement le défi en relevant tablier et jupe et entrouvrait sa petite culotte de coton blanc pour dévoiler, en riant, un petit bout de chair rose. Nous les filles, pour masquer notre gêne, nous gloussions sottement et rechignions à l’imiter.  Quant aux garçons, troublés et presque effrayés, ils osaient à peine regarder et baisser leur pantalon. Quelques rapides baisers s’échangeaient parfois, à la sauvette.  L’intérêt pour ces territoires interdits s’épuisait vite et nous préférions cajoler les petits animaux qui trouvaient refuge dans notre cabane.  Les petits poussins égarés et chétifs que nous vîmes éclore dans la paille d’une caisse et que leur belliqueuse de mère défendait de notre affection envahissante en piquant nos mains baladeuses de son bec outré. Ce furent ces oisillons tombés du nid que nous ramenions dans nos poches pour les sauver d’une mort assurée mais qui, nourris de mie de pain trempée de lait, dépérissaient hélas toujours trop vite et ne manquaient jamais de mourir, tués par le régime lacté totalement inadapté que nous leur administrions, nous l’apprîmes plus tard. Mais nos protégés chéris furent les chatons que nous découvrîmes un soir au fond d’une des vieilles malles, au milieu de vieux chiffons.  Leur mère, venait de mettre bas et s’affairait autour d’eux d’un air important. La grande affaire fut d’amadouer la chatte pour qu’elle nous laisse jouer avec ses petits. Rose fut chargée de rapporter tout ce qui pourrait la séduire : un petit suisse entamé, des restes de viande, un fond de lait. Tout en nous surveillant de ses beaux yeux verts mordorés, peu à peu, la mère nous permis de câliner ses chatons et de jouer avec eux. Chacun avait son préféré. Le mien, une soyeuse boule blanche à l’œil tâché de noir, câlin et fragile, que j’avais appelé Plume tant il ne pesait rien dans ma main ou sur mon tablier où parfois, à ma grande joie, il s’abandonnait à de courts sommes en ronronnant. L’amour que nous avions pour ces frêles créatures nous grandissait. Et quand un jour ils disparurent, nous nous sentîmes injustement abandonnés. En vain nous les cherchâmes. Ils avaient quitté notre petit monde et nous avaient laissés orphelins d’un amour inassouvi.

J’ai aimé notre cabane, l’on y cachait ses timidités et ses fous rires, ses trouvailles et ses hardiesses, ses songeries et ses effrois. Un jour elle disparut elle aussi, emportant dans ce glissement de terrain des éclats de rire et des fragments d’un temps enfant. Elle fut un lieu de notre mémoire à nous, ces petits écoliers d’autrefois.

Jehanne

21 septembre Les feuilles

Sous la nuit froide comme une lune

Personne au pied de l’arbre dépouillé

Sa vie s’en va en mille folioles

Désertées, asséchées,

Pleurent les feuilles chagrines

Ecrites de l’encre brune du sang épuisé 

S’enroulent les tiges tordues

Où s’écoule l’eau tiède des larmes 

Ma vie s’en va en pages arrachées, rassasiées, rapiécées

Tombées là, presque à mes pieds, mes certitudes

Couleurs de mes colères et mes emportements 

Emportées au fil du vent ravageur les mots

Qui ruminent le désespoir et malaxent l’amertume

En petits tas de blessures têtues et souffrantes

Assoiffée la sève et ternis les feuillets rendus au passé

Je suis seule, au pied de l’arbre

Nul n’écoute mes peines

Dispersées au vent d’automne,

Vaines plaintes oublieuses de l’été à venir.

Jehanne

Des textes de Michelle

Déracinée

Comme les avalanches qui n’arrivent pas toutes en même temps, par plaques successives, inattendues, se détachant du roc en balayant tout sur leur passage, cela n’est pas venu subitement. Périodes difficiles, crises, accalmies, déséquilibre, je perdais mes repères…          

Un matin, regardant le ciel, j’ai pensé, un instant, que dans tes moments de doute, tu cherchais la couleur ou la saveur verte d’un rien de feuille, de fleur, « laisser parler le paysage » disais-tu ; en quelques minutes nous étions dehors, marches longues, difficiles, mes jambes flageolaient, je me souviens, nous courions vers l’ombre des arbres centenaires …  J’ai crié des mots, ballons lâchés, un rite pour atteindre l’écho…

Mais le ciel aujourd’hui est muet, et tu n’es plus là. Pourtant je m’accroche, souffle court, j’arrive enfin dans la forêt.                                     
« Cela s’élève d’abord, puis, plane là-haut », jaillissement, l’arbre multiple s’impose.  Je l’ai enlacé, corps collé, contre, tout contre, la vie est là ; attendre une réponse, car le monde végétal demande de la patience, sait-on ce que c’est aujourd’hui ? la patience ? notre monde a oublié l’homme qui a poli la pierre… Au-dessus, dans le circuit des branches petites et grandes, le décor du feuillage qui tremble, le chant du vent, « le souffle devint signe ».   
 Je me sens bien, si bien, petit à petit « l’arbre parle », un langage d’apaisement, et surtout la sensation que les racines, les siennes et les miennes, sont une force, une chaleur, un moteur…

Tard, je rentre chez moi, le ciel est rouge, je me sens prête pour demain, à nouveau enracinée.

******

Du temps où nous étions princesses en visite 
Dresseurs de scarabées, voleurs de pommes vertes,             
Il était dans la cour du jardin des vacances, 
Où,  une balançoire accrochée à ses bras   
Nous transportait très haut dans le ciel de juillet..

Aujourd’hui je le cherche, besoin de me poser,   
Lourde, posant chaque pas comme un arrachement,   
Je rêve d’un espace pour me fixer au sol,          
M’incruster et sentir presqu’amoureusement  
Que j’agrippe la terre, m’y enroule, la retient ;   

Enfoncer mes racines sous la lune qui rit               
Debout, le froid, le chaud me pénétrant,
Etendre bras et mains, et me sentir grandir !  
Ecarteler le ciel et m’y envelopper,  
Et goûter autrement la caresse du vent ;     
Stopper le tourbillon, aller à l’essentiel…

Une colonne pousse, impérativement                                                                                                                                                Des pointes vertes naissent, ma peau craque soudain,     
Un oiseau s’est posé sur mon front ? une erreur ?           

            ******                                                                                                                                 

« Pas de deux »

Les arbres nous parlent, c’est évident, le problème est que souvent nous ne savons plus les entendre, trop de bruits nous ont rendus sourds devant la nature, et quelquefois aveugles.

Depuis mon installation ici, devant cette large fenêtre où je passe mes jours, face à l’acacia centenaire du jardin, je reste fascinée du spectacle que j’y vois… Au sol, ceinturant le tronc, de multiples palmes, comme des mains dressées ; multitudes des verts, tronc griffé, plaies anciennes et profondes, mais tout là-haut, dentelle des feuilles, le scintillement quand le soleil joue, la jeunesse de cette couronne de cent années…silence…
 Au fond de la cour, un mûrier platane, vieux, très vieux, couleurs sombres, verts, bruns, du doré parfois, et des taches de ciel quand il peut s’infiltrer… du tronc puissant, sort verticalement une branche robuste, plus haut, elle s’appuie contre une courte jambe sortant horizontale puis part longuement vers la droite et va se perdre dans les feuillages denses.        
Tout contre, du même tronc, une autre branche verticale derrière, s’appuie, s’enroule, et dans une grâce extrême, va aussi se perdre là-haut dans des feuilles multiples… Jambes contre jambes, grâce d’une envolée, le « pas de deux « est là. Chaque jour, mes yeux le font renaitre….

09. septembre 2021 · Commentaires fermés sur des arbres … des textes … des 21 … · Catégories: Mots en partages, remèdes

21 juin 2021

Le rituel des confitures.

En découpant les oranges amères en fines rondelles, je revoyais le buffet de ma grand’mère sur lequel trônaient l’ocre doux de la confiture d’orange amère et le noir fuchsia de la confiture de mûres dans leurs pots de verre hexagonal légèrement terni, fermés par une mousseline blanche autour de laquelle s’enroulait un ruban rouge. Avec les mûres, l’orange amère appartenait, pour ma grand’mère, au cercle fermé des confitures nobles. Leur préparation obéissait à un rituel saisonnier immuable qu’elle perpétuait et, lieu et mémoire des femmes, elle en transmettait l’apprentissage des signes, ces morceaux de mémoire de moments et de lieux : le temps du carnaval pour l’orange, et la mûre au cœur de l’été, les bassines, les paniers et la grande marmite à confiture, les bocaux vides ressortis des placards, les étiquettes d’écolier au liseré rouge, la mise en place du cérémonial occulte et réservé aux initiées.

Je me rappelais la cueillette des oranges qui marquait la fin de l’hiver, les jours rallongeaient déjà et l’air bleu resplendissait de la douceur dorée des ciels d’hiver. Il faisait bon alors s’attarder sous les orangers, petits arbres odorants et amicaux, offrant leurs branches modestes et leurs fruits solides et voyants à nos mains avides qui se saisissaient, en un bref mouvement tournant, des sphères orangées à la peau rugueuse de petites vieilles ratatinées. Dans le grand jardin, les couffins se remplissaient et, déjà, l’on sortait les grandes bassines où allaient tremper durant toute la nuit les laides oranges aux contours si bosselées. Le lendemain, s’il faisait beau, ma grand-mère s’installait dans le jardin sous le grand tilleul et sortait la grande planche en bois pour détailler les oranges en fines rondelles.  Découper les oranges exigeait de la patience car la couche blanchâtre et spongieuse très épaisse et les très nombreux pépins qui en garnissaient l’intérieur engorgeaient la pulpe du fruit et devaient en être patiemment extirpés. Nous, les enfants, étions autorisés à faire de menues tâches : épépiner une orange, remplir le nouet de mousseline avec tous les pépins, passer les oranges une à une, ces petits riens nous suffisaient pour nous sentir embarquées dans une histoire, pas la grande Histoire avec ses grandeurs accidentelles mais celle de la durée immémoriale du petit, de l’humble,  de l’inattendu quotidien, de toutes ces sensations produites et reliées par des gestes, des fragments répétés qui, collés bout à bout, devenaient signes du temps consolidé, épaissi  par la mémoire des sens.

En silence, nous observions, attentives, le mouvement du couteau aiguisé qui allait et venait, éminçant l’âpre agrume en tranches régulières, extirpant les petits grains ovales, déshabillant la chair de sa robe blanchâtre.  Lorsque le couteau tranchait, un liquide légèrement teinté s’écoulait en de petites rigoles dans la bassine que ma grand’mère avait placée sous la planche, il noyait ses doigts d’un jus poisseux qu’elle essuyait sur son tablier à carreaux.  Nul ne parlait, la parole aurait encombré d’une distraction superflue la première étape du rite de passage de ces soleils orange à la palette charnue, pâteuse et grossière, brossés à grands coups de larges pinceaux rapides et qui allaient peu à peu se dissoudre en une épaisse et chaude coulée de confiture, célébrant l’alchimie des sucres.  Dans la grande jatte, les quarts de rondelles s’accumulaient, les lignes orange des zestes chevauchant la masse jaune orangé de la pulpe. Une odeur fraîche et sucrée volait dans l’air, le moment de déverser le sucre sur les fruits déchiquetés approchait : nous étions impatientes de voir la blanche pyramide des grains du sucre cristallisé se dissoudre peu à peu dans le suc des oranges et former un mélange sirupeux d’où surnageaient des petites crêtes d’un orange encore brillant. La jatte était recouverte d’une large mousseline pour une nuit entière avant que ne commence l’avant dernière étape : la cuisson de la confiture. Sans tarder, le lendemain matin, le petit déjeuner avalé, ma grand’mère versait dans la grande bassine en cuivre le contenu de la jatte. Elle rajoutait le jus de deux citrons puis commençait la cuisson. Bientôt, un magma rougeoyant se formait, traversé de remous, explosant parfois en geysers brûlants. « Attention » s’écriait-elle « éloignez-vous de la bassine, vous risqueriez d’être brûlées ». L’on percevait à son ton légèrement agacé, qu’elle eût préféré rester seule à surveiller sa confiture, affairée et pensive devant son fourneau à se revoir enfant peut être appuyée contre le tablier noir de sa mère, elle aussi, silencieuse,  guettant les remous du bouillon pour ne pas manquer le moment crucial où il  faudrait arrêter la cuisson sous peine de voir l’alliage se vitrifier ; pressée contre le flanc de sa mère, toutes les odeurs de la cuisine l’habitant encore,  le musc  frais du savon,  la douceur sucrée de son eau de cologne à la violette, le parfum apaisant et puissant de la soupe au pistou mijotant lentement sur un coin de la cuisinière, elle, enfant et  pressée maintenant à son tour par des enfants de sa lignée, surveillant la grande bassine cuivrée d’où surgiraient les bouillonnements, les claquements des bulles qui secoueraient la pâte visqueuse, et l’écume blanche recouvrant  l’ardente purée ambrée,  que l’écumoire raclerait à  la surface. Comme jadis, elle verrait les bulles mourant sans plus de conviction, et,  le désordre s’apaisant, le mélange mordoré prêt au remplissage des  pots. Ils attendaient ébouillantés, alignés en rangs serrés au garde à vous sur un large torchon blanc. Munie d’une grande cuillère au long manche, elles, la mère et l’enfant déjà aïeule retourneraient les pots et les rempliraient d’un geste précis et leste, sans jamais verser une seule goutte sur les parois de verre. Une fois les pots remplis, resterait l’ultime étape, celle qui devait décider de la bonne conservation de la confiture : répandre une fine couche de paraffine bouillante sur chaque pot afin de le fermer hermétiquement.  Elles feraient fondre les blocs de paraffine dans une casserole, la retirant lestement dès le point de fusion atteint afin que la paraffine, en débordant, ne s’enflamme pas, puis en rempliraient à ras bord méticuleusement les bocaux alignés sur le manteau de marbre gris de la cheminée.

Enfin, les pots pourraient être habillés de leur mousseline blanche sertie du ruban rouge et recevoir l’étiquette écrite avec la belle écriture d’écolière dessinant avec pleins et déliés traçant le nom de la confiture et l’année de sa cuvée. Année après année, les pots se serreraient sur l’étagère, offrant leurs reflets jaune mordoré et ocre rougi où l’on distinguerait encore les brins d’écorce d’orange se pressant contre les parois de verre, enfermant tout ensemble la mémoire du fruit et celle du temps de nos apprentissages.

Toute autre était le temps des mûres, temps bourdonnant du creux de l’été. La mûre est moins exigeante dans sa préparation mais sa cueillette est autrement plus sportive que celle des oranges. C’est même une bataille qu’il faut livrer et une longue marche pour aller la conquérir cette sauvageonne de confiture, combat contre les buissons épineux au long des chemins où, armées de bâtons, nous devions attraper les branches piquantes pour y cueillir les mûres noires et les déposer dans les petits paniers suspendus à nos bras.  Nous partions après le goûter pour éviter l’écrasante chaleur du midi et parcourions les chemins, les yeux furetant à la recherche des haies les plus chargées de   mûres dont la vue provoquait des cris de joie. « Par ici, grand’mère, c’en est rempli.  Viens nous aider, c’est trop haut ». Après trois bonnes heures de bagarres avec les ronciers, nous revenions toujours couverts de griffures. L’excitation de la chasse nous empêchait de ressentir la brûlure des égratignures. C’était à qui aurait ramassé le plus de mûres. Nous comparions fièrement nos paniers et rentrions toute excitées pour peser notre récolte.  Ma grand’mère nous félicitait pour notre courage et la quantité ramassée.  Les baies soigneusement débarrassées des impuretés rejoignaient la bassine à confiture où elles passeraient la nuit, ensevelies sous une montagne de sucre. Le lendemain matin, sans plus attendre, l’on procédait à la cuisson de la purée violacée.  La mûre est bonne fille et se laisse transformer rapidement en cette voluptueuse pâte aux profonds reflets noir pourpre. Déjà, ma grand’mère nous demandait de l’aider à passer à la moulinette la bouillie bouillante afin d’en extraire les petits grains qui déparaient la confiture et gâcheraient le plaisir de la dégustation. Le bras se fatiguait vite à tourner la manivelle et nous nous relayions pour venir à bout de cette fastidieuse étape. Il fallait se hâter pour ne pas laisser se refroidir la confiture.  Sur un grand torchon les pots stérilisés à l’avance attendaient que ma grand’mère y dépose méticuleusement de grandes cuillerées de la chaude purée. Une coulure de paraffine et le tour était joué : la confiture d’été allait rejoindre sur le buffet   les bocaux orangés. Et il restait toujours un fond de confiture, inapte à remplir tout un pot, nous le dégustions alors le jour même au goûter sur de grosses tranches de pain frais.  L’été tirait déjà à sa fin, les nuits plus fraîches et plus longues annonçaient déjà la rentrée des classes et le départ, laissant notre grand’mère à son silence retrouvé, regardant aux branches des orangers poindre les bourgeons de la future récolte.

Ma grand’mère n’est plus et il me revient de continuer, comme si je n’avais pas avance dans le temps mais reculé, cette transmission des mêmes gestes taiseux, éphémères, presque humbles d’un temps qui n’a pas de limite et s’écoule à l’abri modestement à tout petits pas du tic-tac d’une horloge.   

Jehanne


21 juillet 21

Volée de balançoire, cris d’effroi et de plaisir mêlés.

Ciel penché, têtes à l’envers, sifflement du vent

Envols de jupes et de cheveux très haut

Les cordes se tendent et grincent,

Le vieux chêne tout secoué gémit et se plaint

Se plaint de sa vieille branche blessée,

Des crieries à faire trembler ses feuilles,

Des grincements de la balançoire usée, vieille aussi

A effrayer ses hôtes coutumiers,

L’arbre pleure sa jeunesse enfouie au profond de son être

Là, en deçà, en bas

Le mouvement pendule de la balançoire racle, craque, martèle

Suspendu aux grains de temps, lequel s’en va emportant son passé,

Laissant sa mémoire trouée, enivrée et boueuse

Lui vient alors du profond de son âge

Les bruits gravés dans les plis de l’écorce, piaillerie,

Bruissement, stridulation, gueulement et les voix,

Des voix échevelées accrochées à sa branche,

Des têtes éperdues de plaisirs éphémères,

 De désirs d’éternité hurlant,

Et il en rit, poussant ce temps rempli au mitan de son être.

Jehanne


Le blog est là pour accueillir vos textes.
Donnez-leur de l’air, faites-les voyager et envoyez-les nous !

Merci pour le plaisir de lecture !

01. juin 2021 · Commentaires fermés sur ENFIN ! et « nos arbres des 21… » · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Nadine P. et Jehanne pour le plaisir de la lecture de vos textes à partir de propositions faites sur le blog (19 et 21 mai 2021)!
A vos plumes, vous autres, si écrire vous dit !

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Enfin,

Plusieurs propositions, définitions pour ce petit mot.

Celle qui m’intéresse est celle-ci (dictionnaire Larousse) :

« Indique qu’un événement se produit, après avoir été attendu longtemps et avec impatience. »

Voilà, tout est dit !

enfin les salles obscures qui se remplissent, frémissent, bruissent

enfin les rires sonores tardifs qui brisent le silence pesant de la nuit qui tombe

enfin les verres qui s’entrechoquent, les rires, les chaises qui raclent les trottoirs

enfin les chants qui s’élèvent, mêlés aux notes des instruments surpris

enfin les sourires qu’on commence à voir, entrevoir,

ceux qu’on a attendu longtemps, avec impatience,

un événement qu’on voulait voir se reproduire au plus vite.

Nadine

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21 mai 2021

Balade en forêt

Au bord du canal de Beagle dans le lointain grand sud, les vents puissants courbent les hêtres de Magellan aux grands corps blancs efflanqués.  Alignés en soldats vaillants montant à l’assaut de la pente en rangs éclaircis, troncs et ramures, resserrés pour affronter la furie, ploient comme des mats au vert pavillon malmenés par la tempête ; l’eau grise comme le ciel frissonne, les bourrasques hurlent, nous chahutent et fracassent le végétal. Cette armée, tout entière arc-boutée à la pente pour ne pas chanceler, compose un paysage étrange et poignant.  Nous traversons alors un champ de bois morts et blanchis, troncs et branches arrachés à la forêt, minéralisés, sculptés par l’érosion, masques totémiques, figures animales fantasques, têtes et bustes tourmentés, une ballade de bois défunts. La pente se fait rude, le terrain gorgé d’eau se couvre de mousse spongieuse, les grands arbres se redressent plus on s’éloigne de la furie du vent. Du blanc, du gris, du vert et la voix hurleuse du vent qui nous bouscule, les fûts élancés et nous. Le sentier serpente désormais, la pente s’adoucit, nous entrons dans un sous-bois dominé par la lenga, le grand hêtre blanc de la Terre de feu à l’ample houppier vert clair. La forêt devient dense et nous serpentons entre les canelo aux petites fleurs blanches en ombelles qui portent des graines poivrières que l’on nous invite à goûter sur le chemin, son écorce, puissant antiscorbutique, fut utilisée jadis par les marins, nous dit-on.  Le sous-bois regorge de plantes aux baies arbustives comme l’épinette-vinette de Darwin qui protègent ses baies rouges par de redoutables épines, la gaulthérie mucronée aux baies rose violet, les notro aux fleurs rouge vif. C’est la fin de l’été, fleurs et baies affectent déjà un air d’automne.  Aux arbres s’accrochent en de longs filaments verts de gris les lichens de l’usnée barbue dite barbe de Jupiter et les petites boules jaunes du pin de l’indien qui servaient autrefois à la fermentation d’alcools. Nous progressons en silence vers le passé, un temps des origines que l’homme n’a pas encore marqué ni dégradé. Immense et profonde solitude que la vie animale parait avoir désertée, immortelle matière sans cesse recomposée, nulle splendeur orientale pour charmer nos sens mais du brut, de la verdeur virginale, du vif acéré comme mille lames, un amoncellement de formes primitives sans cesse recomposées par l’incessant travail de la nature, patiente ravaudeuse. Il nous semble toucher à une éternité de temps et d’espace confondus. Nous suspendons toute parole, impuissante et minuscule pour ne pas offenser le verbe du commencement.

Jehanne

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13. mai 2021 · Commentaires fermés sur Nos arbres des « 21 »… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Jehanne et Nadine P. pour vos textes …
Il est toujours temps d’écrire sur ces propositions mensuelles.
Rendez-vous chaque 21 ème jour du mois …
A bientôt !

21 avril 2021

Enserrés dans des squares étriqués, alignés au cordeau sur les vastes esplanades ou les artères bruyantes, les arbres de nos villes se fondent dans le décor urbain. Ils sont domestiqués, élagués et arrachés sans égards, confinés dans des pots, ces prisonniers d’un monde minéral où leurs racines trop à l’étroit restent désormais muettes. Marronniers des places aux ailes vertes rognées, peupliers solitaires cernés par la pierre des grands immeubles gris, platanes empoussiérés, parasols ombreux des boulevards, tilleuls odorants des cours de récréation, ils sortent de l’anonymat au retour des bourgeons. Le temps de la belle saison revenue, les beaux vieux arbres tiennent le haut du pavé. Prunus et cerisiers du Japon arborent leur ramure rose et blanche, somptueuses coupoles éphémères, les tilleuls sortent le grand jeu des senteurs, les marronniers aux thyrses triomphales pavoisent sur les grand-places. Stars des parcs prestigieux, courtisés comme des altesses, ou spécimens plus communs, ils illuminent le printemps. Se pressent à leur pied une foule d’adorateurs photographes, qui se détourneront dès que la belle floraison cèdera peu à peu la place aux banales feuilles vertes.  Nos vedettes printanières rejoindront alors dans l’indifférence des foules citadines le paysage saturé de la ville. Et nos arbres malmenés se prendront à rêver aux temps anciens où ils peuplaient, souverains, le monde non défriché d’où la ville les a chassés.

Jehanne

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Mon arbre n’est pas le mien.

Je n’ai pas de terrain, jardin ou potager où il pourrait flamber et s’épanouir, même y mourir.

Mais si c’était le cas, si ce coin de paradis existait, l’appellerais-je « Mon arbre » pour autant.

Je ne crois pas. J’aurais trop peur que cet adjectif possessif dénonce ce qu’il annonce, passer du possessif à l’excessif sans marge, sans recul, le trouvant forcément plus beau que celui du voisin ou plus belles ses fleurs quand il me les offrirait. Un lien faussé entre lui et moi dès le départ.

Je n’ai pas d’arbre à moi alors je peux en choisir celui du jour, son ami le lendemain, et le nommer ainsi pour quelques heures.

La couleur du ciel, le temps dédié à pouvoir le regarder, la grille qui garde une part de son mystère, tout m’aide à faire ce choix. Il n’a pas de prétention à être l’heureux élu, pour cela il faudrait que je sois personne dont l’avis compte aux yeux du monde.

Non, il se laisse doucement admirer, parfois capturer par une photographie ou en mots.

Il respire la bonté et l’humilité. C’est à ses pieds, ce que je viens chercher.

Nadine P.

13. avril 2021 · Commentaires fermés sur Nos arbres des « 21 » · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci Anne-Marie B., Jehanne, Marie-Hélène, Myriam

Nous nous sentons bien avec vos arbres découverts dans vos textes et avec vous qui nous les présentez.

En voici quelques uns. Nous attendons les vôtres !
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Mon arbre,

Mon arbre d’Octobre m’avait surprise. Je m’avançais doucement, attirée par ce qui allait nous arriver…car j’imaginais tout de suite une relation, entre lui et moi. Une rencontre….

L’arbre était flamboyant, d’un orangé brillant. Il attirait le regard comme il gardait la lumière. Pour nous. Comme une invitation au dialogue, à la méditation, ou simplement au plaisir d’être ensemble.

Mon arbre de Décembre, se dépouillait, ses feuilles et ses branches se dénudaient. Etait-ce pour affronter l’hiver sans risquer de les voir se rétrécir ou griller sous le froid, ou pire, disparaitre, transportées par un vent sournois ou jaloux ? Je n’étais pas venue depuis plus d’un mois…avait-il été déçu ? Malheureux ? Jusqu’à se laisser atteindre ainsi ?

J’essayais de comprendre.

 Mais en tombant, ses feuilles composaient un tapis toujours lumineux à ses pieds, près de son tronc, juste sous ses branches dénudées.  Il me paraissait si triste alors, résistant quand même, comme s’il voulait conserver le plus longtemps possible, ce panache que l’automne lui avait donné et qui m’avait tellement séduite.

Est-ce la nature qui l’avait voulu ainsi ? D’autant plus magnifique qu’il était voué à l’éphémère ? Nous avait-elle trompés lui et moi ? Ou était-ce lui, qui désespéré de ne pas me voir, plongeait dans la dépression ? Je réfléchissais devant sa beauté passée, admirant encore ce tapis toujours fringuant, mais qui allait sans doute vivre seulement quelques semaines. 

Mon arbre de Janvier fidèle à ce que je pressentais, me rendit triste. L’orangé flambant à ses pieds, n’était plus. Un marron clair s’attardait, résistant à peine au vent qui le dispersait. Et peut-être le souhaitait-il pour oublier tout signe évoquant son ancienne magnificence …

L’arbre me tendait ses branches nues, offertes au temps, au froid … cherchaient-elles ainsi ma compassion ? …

Alors je m’en suis détournée, lui disant que je reviendrai le voir au printemps, et que, s’il n’avait pas commencé à devenir vert clair, c’est qu’il serait mort et notre histoire terminée.

Mon arbre d’Avril… 

Un très léger, timide et tendre vert me fit une sorte de clin d’œil complice…

La délicatesse de cette couleur et la vie qu’elle portait…me comblait. 

Anne-Marie B.

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Mon arbre à moi 

Que seras-tu mon arbre à moi ? Arbre qui m’appelle, royaume de branches courbées crochues et emmêlées, un doux gris permanent de tes feuilles menues et argentées, une explosion de couleurs marquant le pas des saisons, arbre refuge du vent et des battements d’ailes, arbre sage éternel, arbre des bourrasques et des apaisements, arbre chant du monde à qui parler de soi, arbre où écouter les bruits des vies multiples. Arbre qui porte des fruits, des anciennes histoires, des secrets confiés, arbre qui console, cajole, arbre qui tutoie le ciel de l’univers et fouit l’humus pour parler à ses frères, fanal fuselé de vert noirci, tu me dirais la durée qui s’attarde, de la vigne au cimetière, tu scanderais le déroulé du temps. Arbre à caresser. Arbre à grimper de l’enfance entre ciel et terre, arbre ombreux parasol, arbre à pain, à singe, à feuilles, à ramure épineuse, arbre univers mystérieux et bruissant, je vous salue ô arbres multiples. Vous êtes tous un peu miens,

Et aujourd’hui, encore au mitan de l’hiver, blanchi par les grains de neige, un arbre m’a dit que le bout de ses branches déjà s’étirait, que de petits bourgeons pointaient vers le dehors, que déjà la nuit reculait et que la douce tiédeur du renouveau nous embrasserait, alors, j’ai souri.

Jehanne

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L’arbre m’a dit

J’ai croisé un  drôle d’arbre sur mon chemin, il a surgi sur la croupe d’une colline pelée, seul au milieu des bouquets de buissons épineux.  Sans être immense, son tronc trapu était tout bosselé et ses branches tordues hésitaient entre ciel et terre, écartelés entre des désirs contradictoires. Un viel arbre tout noirci, tout esseulé sur le chemin, revêtu d’un plumage de feuilles d’un vert minuscule et brillant, un arbre qui noircissait le bleu profond de l’horizon, noir strié sur bleu ondulé. Les arbres murmurent, dit-on, depuis les temps immémoriaux, ils bruissent, chuchotent, bavardent entre eux comme les vieilles à la veillée. On peut  entendre leurs voix  sifflantes colporter les bruit éteints venus du passé d’antan, les récits  des origines et les colères des  cieux immuables et des grands ancêtres arrachés à la glèbe hostile et à l’inconnu ;  c’est qu’ils écoutent les arbres ce que l’on dit sans y penser, nonchalamment adossé à l’écorce rugueuse ou trônant sur une racine bombée. L’arbre de mon chemin a-t-il ouïe un humain lui susurrer ses rêves au creux de sa peau lézardée ? A-t-il connu le pendu lui confiant son âme désespérée ? A-t-il recueilli les paroles de passants bivouaquant à son pied, murmures des pèlerins en route sur la paix du chemin,  voix des amants serments enfiévrés des,  cris joyaux d’enfants accrochés à ses branches ? Arbre solitaire,  as-tu entendu l’effroi de l’enfant apeuré par les grondements de l’orage tout proche, se recroquevillant à ton pied, sous l’auvent rassurant de ta parure de branches. L’ enfant sanglotait sa peur et s’accrochait à l’abri faussement protecteur de ta ramure toi que l’éclair souvent foudroie. Mais l’enfant ne pouvait se résoudre à quitter le seul être vivant dans cette aridité de pierres  et d’épineux et t’ implorait de le sauver. Bientôt le vacarme mêlé de bruit, d’eau et d’éclairs torpilla et l’arbre et l’enfant qui supplia de l’arbre de résister à la furie du vent. Tous deux pareillement secoués et trempés par la bourrasque pleuraient, l’enfant se serrait plus fort encore à toi, petit arbre valeureux.  La tempête dura longtemps mais tu fus épargné par la foudre qui alla frapper un de tes lointaines cousins sur une autre colline. L’enfant cessa alors ses pleurs, embrassa ton écorce rugueuse et te promit de revenir te saluer. Un jour me promenant sur la colline pierreuse, je vis un homme tenir embrassé un vieux chêne liège austère, il appuyait son front sur le tronc écailleux, il murmurait comme on parle à soi-même, dévot de quelque culte chamanique. Lorsque j’avançais à sa hauteur, il interrompit sa prière et me raconta son histoire avec l’arbre. J’aurais aimé qu’elle fût aussi la mienne.

Jehanne

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Aujourd’hui le printemps a bondi hors de sa niche hivernale. Il arrive ! Depuis un moment il s’y préparait le bougre, des petits doigts timidement verdis pointaient aux les branches dépouillées par l’hiver, quelques boutons de fleurs décoraient déjà les tiges où la sève s’activait, le grand peuplier se couvrait de myriades de feuilles en puissance, petits points fripés au rouge hésitant. Et soudain, le rose explosa en nuages aux branches nues des prunus tandis que les pâquerettes du jardin annonçaient la venue des violettes. Un arbre puis un autre et encore celui-là passe du gris au vert. Partout ça explose de couleurs et dans le parc, l’on s’arrête sur un banc les yeux dans le chaud soleil bleu tout rempli du bruissement des ailes des oiseaux rentrés de leur hivernage. Tout énamourés, les pigeons font déjà les jolis cœurs et déclament leur flamme au sommet des grands acacias.  D’en haut, les dégrades de gris se font tâches de couleur Printemps, tu es là, je t’entends, te sens, te respire, tu es les fenêtres qui s’ouvrent, les pelouses que l’on foule, les possibles à venir. Printemps, je te hume, t’avale et je voudrais te goûter, savourer chacun de tes bourgeons, de tes boutons, de tes éclosions. Printemps peintre et poète tu es le temps retrouvé.

Jehanne

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AU PRES DE MON ARBRE, JE VIVAIS HEUREUX
JE N‘AURAIS JAMAIS DU M’ÉLOIGNER DE MON ARBRE…

AUPRÈS DE MON ARBRE JE VIVAIS HEUREUX
JE N’AURAIS JAMAIS DÛ LE QUITTER DES YEUX.

Tu étais là avant notre arrivée.

Tu nous accueillis, avec sous ton ombre, une vielle table et deux chaises comme une invitation à venir s’assoir pour deviser. Tu offrais l’image désuète d’un tableau impressionniste et tu as probablement participé à mon coup de cœur pour la maison.

C’était il y a exactement 30 ans.

Tu n’es pas beau. Un grand « cyprès bâtard » comme l’a dit Lucien, le grand père provençal.

Tu étais déjà trop grand et trop près de la maison quand nous sommes arrivés. Tu l’écrases de ta silhouette sombre.

Combien de mètre as-tu pris depuis ? Dès que l’on débouche au coin de la rue, on te voit qui surplombe et c’est un bon repère pour qui vient nous voir.

Combien de personnes nous ont dit de te couper ? Il y a même un ami qui m’a proposé de m’offrir le nouvel arbre qui te remplacerait. Tous les élagueurs qui passent dans le quartier viennent sonner au portail.

Nous avons souvent pensé à te remplacer par un feuillu, un platane, un albizia, un murier-platane. Mais nous ne l’avons jamais fait, par difficulté à choisir, parce que trop compliqué, par manque de temps.

Le temps a passé et plus le temps passait, moins il était judicieux de planter un arbre qui demanderait des années pour pousser.

Alors nous avons cohabité.

Par la fenêtre tu lorgnes dans ma chambre, de plain-pied, puisque nous habitons à l’étage. On a l’impression qu’en tendant le bras on pourrait te toucher. C’est dire que nous dialoguons en permanence.

Tu as été le témoin de nos ébats, de nos chagrins, des câlins avec les enfants dans le lit, des temps de lecture, d’écriture. Des nuits de travail à mon bureau.

A toi seul tu es une forêt qui accueille généreusement en son sein de nombreux oiseaux, grands et petits qui cohabitent. Nous pouvons observer leur chassé-croisé lors de la fabrication des nids.

Les pies, principale colonie, ont disparu depuis quelques temps, je l’ai remarqué lors du premier confinement, laissant la place à des tourterelles ou à des pigeons. En ce moment ce sont des fauvettes à tête noire qui font leur nid. Les autres oiseaux sont partis.

Tu étais le refuge de notre chatte lorsqu’elle se faisait attaquer par le chat du voisin …mais il a quand même eu sa peau un jour où nous n’étions pas là pour le faire fuir.

Bien sûr nous n’aimons pas tes vilaines boules qui jonchent le sol et font mal au pied et ce sol rendu acide sur lequel rien ne pousse.

Mais où suspendrions-nous la balançoire, où accrocherions nous les guirlandes, le hamac, si tu n’étais plus là ?

Et surtout, surtout, tu es :

Mon rempart contre la vue, si tu n’étais pas là nous serions nus.

Mon moucharabié, par lequel je vois dans les interstices, le bleu du ciel.

Mon printemps quand nous mangeons sur la petite table du balcon, cachés des passants.

Ma couverture, mon manteau quand je lis ou travaille dans le lit.

Mon rideau quand je sors de la douche.

Mon enveloppe quand je pense au monde.

Tu es ma mauvaise conscience, mon regret, de n’avoir pas pu décider.

Tu es mon compagnon, qui comme moi vieillit. Tu n’as jamais soulevé la maison de tes racines et je t’en sais gré. Mais si un jour vieillissant, il t’arrivait de tomber sur la maison se serait une catastrophe et je dois m’en soucier.

Marie-Hélène

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07. février 2021 · Commentaires fermés sur Nuit de la lecture à Chenôve · Catégories: Mots en partages, remèdes

Dans le cadre de la 5ème Nuit de la lecture, à Chenôve, les bibliothécaires ont préparé des « Lectures en scène » bien sympathiques à découvrir !

Elles ont lu des textes (tirés au sort) écrits dans les ateliers d’écriture de la bibliothèque François Mitterrand, animés par Nadine P. que nous connaissons bien puisqu’elle est membre de l’association …
Vous allez la reconnaitre parmi ses collègues !

Installez-vous confortablement,
ça va commencer,
c’est ICI qu’il faut cliquer !

02. février 2021 · Commentaires fermés sur Étonnants Voyageurs… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci à Nadine P. qui nous envoie ces quelques mots en hommage à Michel Le Bris, créateur du

Festival Étonnants Voyageurs

« Un Ami pour tous les genres : Littéraires, du monde, des gens, des mots et des rencontres. Il avait au cœur de vouloir partager tout et avec tous. Partager la poésie avec les amoureux du polar, partager les mers et l’aventure avec les pantouflards, sans jamais ô jamais juger les uns ni les autres. Nous invitant à St Malo dans sa Bretagne aimée, dans ce festival « Étonnants Voyageurs » à rêver plus loin. Michel Le Bris est parti faire son étonnant voyage, le dernier. Bon vent ! »

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À lire : « Pour l’amour des livres » de M. Le Bris (Grasset 2019)

« … J’ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l’oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture : qu’il est en chacun de nous un royaume, une dimension d’éternité, qui nous fait humains et libres… »

M. Le Bris

Autobiographie d’un écrivain-voyageur, chemin d’histoires construites à travers une France militante et bienveillante, peinture d’un univers où l’enfance ne promettait rien, où l’homme fait de cette aventure une rencontre perpétuelle, vie en forme de bibliothèque où les trésors ne prennent pas la poussière mais prennent le large, vie aux pages et émotions transmises.

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15. novembre 2020 · Commentaires fermés sur pour un dimanche de novembre… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Entendu ce matin sur France Inter des paroles bienfaisantes de Matthieu Ricard et Christophe André :

« En temps d’incertitude, c’est le moment ou jamais de prendre conscience de notre humanité commune. Et la sagesse, ce n’est pas quelque chose d’éthéré, c’est au contraire extrêmement pragmatique, puisque ça mène à être au plus proche de la réalité pour avoir une parole juste, une pensée juste ». 

« La sagesse est un outil extrêmement précieux, c’est le discernement qui doit accompagner la bienveillance pour ne pas qu’elle soit aveugle ».

œœœœœœœœœœœœœœœœ



merci à Catherine pour ces photos

et pour s’amuser un peu…le dicton de Martine

« Novembre ensoleillé, joie dans le poulailler ! »

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16. octobre 2020 · Commentaires fermés sur À découvrir, écouter : Marie-Hélène Lafon · Catégories: Mots en partages, remèdes

« Histoire du fils »

Dans ce nouveau roman qui vient de paraître, Marie-Hélène Lafon raconte l’histoire d’un garçon sans père, dans son Cantal natal.

« … M.H. Lafon cisèle discrètement une œuvre enracinée dans sa région : une Auvergne rurale, rustique, peuplée de vies minuscules et de taiseux qui affrontent comme ils peuvent l’âpreté de l’existence.
… Ce fils est né de la liaison illicite du lycéen et de l’infirmière, de « père inconnu et mère à double-fond ». Avec une matière pareille, beaucoup auraient brodé une fresque familiale galopant sur un siècle d’histoire de France. Marie Hélène Lafon fait le contraire : une saga miniaturisée, atomisée façon puzzle pour dire, à coups d’ellipses, les effets obliques d’un secret de famille. L’émotion, elle, se cache entre les lignes. Sans chercher à plaire. »

Grégoire Le ménager  L’OBS

ΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘΘ

A réécouter sur France Inter, l’émission Boomerang du 16 octobre 2020

30. mai 2020 · Commentaires fermés sur Partage d’un instant… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Proposé par Ruth

M u s i q u e

Jeudi 21 mai, arrivée dans l’exquise campagne toute chaude de soleil. On s’affaire dedans et dehors en compagnie du coucou.

Après le repas du soir, de la terrasse, je crois entendre des cloches ; un service divin?

Peut-être, c’est l’Ascension. Puis on dirait une chorale dominant le son des cloches… qui chanterait sur le parvis, peut-être aussi en louange pour tous les soignants encore en action covid 19 ?

La torpeur tiède de la nuit m’enveloppe face au tilleul devenu gigantesque et dans le murmure des bruissements de la forêt.

Mais qu’entends-je soudain venant du plus haut des profondeurs… un concert de hululements comme jamais encore entendu, à vous couper le souffle !

Glorieuse et belle nature !

Ruth

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24. mai 2020 · Commentaires fermés sur une nouvelle pour le dimanche · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci à Benoît…

Le briquet

           Charlie ne se séparait jamais de son briquet, il aimait offrir du feu, surtout aux femmes. Elles allumaient leur cigarette à sa flamme, il jetait un œil à leur regard, y percevait de la brillance quand il y en avait.

       «Ce briquet c’est mon porte-bonheur, ma mère me l’a offert, elle ne me voulait que du bien, alors… » Sa mère lui avait offert pour ses quarante ans, elle était morte le lendemain d’un cancer foudroyant. Trois jours après à l’enterrement, il s’en était servi pour allumer les cierges de la cathédrale.

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17. mai 2020 · Commentaires fermés sur drôle de poème pour un dimanche · Catégories: Mots en partages, remèdes

Déniché par Anne-Marie…

Pour s’amuser un peu

Les problèmes des boulangers sont croissants,
Alors que les bouchers veulent défendre leur beefsteak,
les éleveurs de volailles se font plumer,
les  éleveurs de chiens sont aux abois,
les pêcheurs haussent le ton !
Et bien sur, les céréaliers sont « sur la paille ».
Par ailleurs, alors que les brasseurs sont sous pression,
les viticulteurs trinquent .
Heureusement, les électriciens résistent.
Mais pour les couvreurs, c’est la tuile et
certains plombiers prennent carrément la fuite.
Dans l’industrie automobile, les salariés débrayent,
dans l’espoir que la direction fasse marche arrière .
Chez EDF, les syndicats sont sous tension,
mais la direction ne semble pas au courant.
Les cheminots voudraient garder leur train de vie,
mais la crise est arrivée sans crier gare , alors …
Les veilleurs de nuit, eux, vivent au jour le jour.
Pendant que les pédicures travaillent d’arrache-pied,
les croupiers jouent le tout pour le tout,
les dessinateurs font grise mine,
les militaires partent en retraite, les imprimeurs dépriment
et les météorologistes sont en dépression….

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14. mai 2020 · Commentaires fermés sur remède du jeudi · Catégories: Mots en partages, remèdes

Poème proposé par Hubert

De Federico Garcia Lorca

LE POÈTE ARRIVE À LA HAVANE

« Quand viendra la pleine lune, j’irai à Santiago de Cuba
J’irai à Santiago
Dans un coche d’eau noire.
J’irai à Santiago.

Les toits de palme chanteront
J’irai à Santiago.
Lorsque la palme veut être cigogne, J’irai à Santiago,

Et lorsque veut être méduse la banane, J’irai à Santiago.
J’irai à Santiago
avec la blonde tête de Fonseca.

J’irai à Santiago
Avec la rose de Romeo et Juliette
J’irai à Santiago
Mer de papier et pièces d’argent,
J’irai à Santiago.
Ô Cuba ! Ô rythme de graines sèches !
J’irai à Santiago.
Ô taille brûlante et goutte de bois !
J’irai à Santiago.
Harpe de troncs vivants. Caïman. Fleur de tabac. J’irai à Santiago.
J’ai toujours dit que j’irai à Santiago
Dans un coche d’eau noire.
J’irai à Santiago.
Brise et alcool dans les roues,
J’irai à Santiago.
Mon corail dans les ténèbres,
J’irai à Santiago
La mer noyée dans le sable,
J’irai à Santiago
Chaleur blanche, fruit mort,
J’irai à Santiago.
Ô bovine fraîcheur des champs de cannes !
Ô Cuba ! Ô courbe de soupir et de boue !
J’irai à Santiago.

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06. mai 2020 · Commentaires fermés sur le remède de mercredi · Catégories: Mots en partages, remèdes

Proposé par Liliane

Trois Notes au piano
superbe montage réalisé par Liliane, André et Christiane

mis en ligne sur YouTube par le Centre Gutenberg

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Information importante de l’APA :

Les Journées de l’Autobiographie 2020 prévues du 19 au 21 juin à Ambérieu sont annulées et reportées en JUIN 2021

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04. mai 2020 · Commentaires fermés sur Remèdes du lundi · Catégories: Mots en partages, remèdes

Magnifique poème proposé par Hubert

L’enfant seul

Un mot
Demandait-il
Un mot et ce sera mon royaume

Un mot plus vaste que la nuit
Où le silence vous prend par la main

Un mot où poser son front
Comme à une vitre

Un mot où se pencher
Fenêtre sur le jardin

Un mot une forêt
Habitée du loup de la biche et de l’aube

Un mot où se perdre
Où prendre racine

Un mot
Disait-il
Un mot une parole
Plus vaste que le monde

J.P. Siméon

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à écouter :

Un bel hommage au chanteur IDIR ce matin sur France Inter
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et aussi … un livre des livres des tas de livres …
pour la belle vie !

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02. mai 2020 · Commentaires fermés sur le remède de samedi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Proposé par Marie

Un texte de Michel Pastoureau tiré de la revue Zadig

LE VERT DU PRINTEMPS
Par Michel Pastoureau

… Comme le dit avec grâce l’ancien français, à l’époque de la reverdie, la nature se met à avriler (fleurir)et les jeunes gens à fleureter (flirter). Dans les images, la couleur verte est alors omniprésente, notamment sur les vêtements comme si la société voulait être en accord avec la nature : toutes deux s’habillent de vert pour célébrer le retour des beaux jours. Au reste, dans cette période remplie d’allégresse, une journée joue un rôle plus important que toutes les autres : le premier mai.

            Ce jour-là, il faut s’amuser et porter le mai pour fêter l’arrivée du plus beau mois de l’année. « Porter le mai » consiste à afficher un élément de verdure : couronne de fleurs ou collier de feuilles, chapeau végétal, fougères ou rameaux accrochés aux vêtements. Ces derniers doivent être verts ou à dominante verte. Être pris sans vert, c’est-à-dire ne montrer sur soi aucun élément de cette couleur, conduit à recevoir un gage ou bien à être l’objet de moqueries.

Par une de ces facéties dont le lexique et la philologie sont coutumiers, il est un autre mot qui semble associer la couleur verte et le printemps : en latin classique comme en latin médiéval, le terme le plus courant pour nommer le printemps est ver, mot qui a laissé peu de traces en français moderne (primevère, vernal…). Son étymologie est controversée, mais la tentation est grande de le rattacher à la famille de l’adjectif viridis (vert) et d’admettre que le printemps est la saison verte par excellence. Certes, les règles de la phonétique semblent s’opposer à une telle filiation, mais pour la symbolique des couleurs, le lien entre le ver latin et le vert français paraît presque naturel.

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28. avril 2020 · Commentaires fermés sur remèdes du mardi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

écho du 20

20 avril 2020

Pluie bienfaisante,
la terre se gorge de pluie.
Depuis quelques temps
la pollution ne l’étouffait plus.
Platanes, pervenches, salades fraîchement plantées,
mésanges charbonnières,
frêles herbes au nom qui me sont  inconnus,
abeilles, escargots, vers de terre,
tous frémissent de plaisir.
Tous, ils respirent, ils sont vivants !

Pour la nature,
le confinement des humains est une bénédiction.
C’est la possibilité de Vivre.
Faudra t-il qu’elle fabrique d’autres virus
pour que l’homme retourne à sa place
d’une espèce parmi toutes les autres ?

Anne-Marie
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brise de mer –

sur le sable fin sans fin

l’âme de l’autre rive

Liliane

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27. avril 2020 · Commentaires fermés sur une nouvelle comme remède… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Merci à Benoît de nous offrir ce bel écrit

Sacrée bagnole. 

             Au réveil d’une nuit paisible au fond d’un bois, Fred libéra une limace collée dans ses cheveux, pissa au pied d’un chêne, en écoutant un rossignol, et enroula son sac de couchage. Tranquille. Il avait toute la vie devant lui. Le temps était couvert, mais il avait plein de soleil dans le cœur. Il marcha au bord d’une départementale, en chantant « j’ai voyagé de Brest à Besançon, depuis la Rochelle jusqu’en Avignon… » (1)

        Dans son dos, il entendit un véhicule rugissant telle une bête fauve, se rapprocher à vive allure. Il eut à peine le temps de lever le pouce, qu’une Renault 12 Gordini placardée de pubs, stoppa net à sa hauteur…

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24. avril 2020 · Commentaires fermés sur le remède de vendredi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Un grand merci à Nadine, Catherine, Anne-Marie, Liliane…
qui nous envoient de superbes photos pour embellir nos articles !

Nadine s’est laissée inspirer par le confinement !

Bon vivant

Je n’ai pas de goût pour la tristesse et aucun talent pour la mélancolie, d’ailleurs on dit de moi que je suis un bon vivant et pour sûr, je m’enorgueillis de l’être. Les mots épicurien et gourmand sont souvent associés à ma personne et je les cultive pour qu’ils m’enrobent, m’entretiennent, ils me le rendent bien. Je suis friand de rencontres, de repas entre amis et je n’hésite pas à ces occasions à pousser la chansonnette ou à dire haut et fort une fantaisie, boutade reprise par un public enchanté et rieur.
      C’est dire à quel point je n’étais absolument pas préparé à vivre ce qui suit : ……

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22. avril 2020 · Commentaires fermés sur Un poème comme remède, de la danse aussi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

S’éveiller libre d’hier
Se réjouir de respirer
encore et encore
Remercier la pâquerette
qui elle aussi s’est réveillée
Écouter la petite musique
du café qui embaume l’air du matin
Se dire que quelque part, dans un ailleurs
d’autres hommes vont se coucher
et répondre à notre clin d’œil
Remercier le facteur
pour la lettre de l’aimé
Même s’il jure n’y être pour rien
Surveiller de près le pot au feu qui mijote
comme si c’était notre grand œuvre
S’intéresser à la voisine
qui, un jour, deviendra sympa

Et sauter, à pieds joints ou pas
à la découverte du jour qui s’ouvre.

Anne-Marie et Bernard

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Le ballet de l’Opéra de Paris
pour « Dire merci » une vidéo réalisée par C.Klapisch
sur la « Danse des chevaliers » de Prokofiev

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18. avril 2020 · Commentaires fermés sur Des poèmes… comme remède · Catégories: Mots en partages, remèdes

« Patient, patience,
Patience dans l’azur!
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr ! »

Paul Valéry


Le Zèbre

Cheval des ténèbres
lève le pied ferme les yeux
et fait résonner ses vertèbres
en hennissant d’un air joyeux
Au clair soleil de Barbarie
il sort alors de l’écurie
et va brouter dans la prairie
les herbes de sorcellerie
Mais la prison sur son pelage
a laissé l’ombre du grillage

Robert Desnos

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15. avril 2020 · Commentaires fermés sur le remède de mercredi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Nadine a pris sa plume…

– Regarde celle-là, on n’était pas loin du sommet quand la tempête de neige est tombée d’un coup alors que le mois de mai allait bientôt arriver. On ne voyait plus où poser nos pas.
– J’ai eu juste le temps de faire cette photo avant que…

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12. avril 2020 · Commentaires fermés sur De beaux textes… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Textes proposés par Hubert

Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
À pas de vent de loup de fougère et de menthe
Voleuse de parfum impure fausse nuit
Fille aux cheveux d’écume issue de l’eau dormante.
Après l’aube la nuit tisseuse de chansons
S’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses
Et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons
Veille sur le repos des étoiles confuses.
Sa main laisse glisser les constellations
Le sable fabuleux des mondes solitaire
La poussière de Dieu et de sa création
La semence de feu qui féconde les terres.
Mais elle vient la nuit du plus loin que la nuit
À pas de vent de mer de feu de loup de piège
Bergère sans troupeaux glaneuse sans épis
Aveugle aux lèvres d’or qui marche sur la neige.

Claude Roy

Photo: Michel Quiot (Alepe / association lozérienne pour l’étude et la protection de l’environnement)

La fleur d’orage

Mes amis, la peine est de ce monde ;
La peine est de ce monde, je le sais bien.
Comment deviner, sur la fragile branche,
Le nom des saisons à venir ?

La peine est de ce monde, ô mes amis que j’aime,
Mais chaque fleur d’orage porte la graine de demain.

Andrée Chédid

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08. avril 2020 · Commentaires fermés sur À lire : « OSER » un texte de Jeanne Benameur · Catégories: Mots en partages, remèdes

Texte spécialement écrit par l’auteure en écho de la situation actuelle :

JEANNE BENAMEUR, OSER
Vous le voyez, nous le voyons tous, ce qui a été préservé depuis des décennies, c’est une économie qui ne songe qu’au profit. C’est ainsi. Nous n’avons pas su ou pu enrayer cela, nous nous sommes trouvés impuissants devant les rouages bien huilés et parfois nous avons même contribué à faire tourner la roue pour vivre.
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07. avril 2020 · Commentaires fermés sur remède pour un mardi de printemps… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Joëlle inspirée par…

Les 5 sens

Est-ce le printemps ou l’obligatoire confinement ? Mes sens sont plus que jamais en éveil.

Le matin, quand j’ouvre mes volets, je reçois en pleine figure des bouffées de senteurs grisantes ; les pittosporums en sont responsables. En plus de sentir bon ils sont beaux, couverts de fleurs blanches ou violettes. Les frésias blancs et jaunes sollicitent aussi et mon odorat et ma vue.

Et l’ouïe ? Elle n’est pas en reste ! Goélands, mouettes, tourterelles, pies, merles, rouges-gorges, m’offrent un joli concert ; les coqs et poules de mon voisin y entrent de bon cœur. En revanche, le coronavirus, en décrétant la fermeture de l’école proche, me prive du tintamarre des gamins, parfois gênant, mais tellement riche de vie et de jeunesse.

L’odorat, la vue, l’ouïe ; manquent à l’appel le goût et le toucher.

Comme nous ne pouvons pas nous déplacer pour aller au ciné, au musée, au restaurant, je remarque que Robert concocte encore plus de bons petits plats et j’en suis ravie ; tant mieux si je grossis un peu.

Le toucher ? En cette période de crise sanitaire, on nous recommande de nous laver les mains constamment. Par contre, interdiction de serrer d’autres mains, de s’embrasser…

Le toucher est vraiment pénalisé.

Vite, vite, débarrassons-nous du virus pour jouir pleinement de nos 5 sens.

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06. avril 2020 · Commentaires fermés sur Un texte de Camus, un entretien · Catégories: Mots en partages, remèdes

Envoyé par Catherine

Janvier 36

Ce jardin de l’autre côté de la fenêtre, je n’en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c’est encore les feuillages. Plus haut c’est le soleil. Et de toute cette jubilation de l’air que l’on sent au-dehors, de toute cette joie épandue sur le monde, je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs.

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et aussi ….

à écouter ou réécouter la très belle interview du rabbin Delphine Horvilleur de lundi 06 avril

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04. avril 2020 · Commentaires fermés sur le remède pour un doux dimanche… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Photo, poème, texte proposés par Hubert

Tableau
Enclavé dans les rails, engraissé de scories,
Leur petit potager plaît à mes rêveries.
Le père est aiguilleur à la gare de Lyon.
Il fait honnêtement et sans rébellion
Son dur métier. Sa femme, hélas ! qui serait blonde,
Sans le sombre glacis du charbon, le seconde.
Leur enfant, ange blond éclos dans cet enfer fait de petits châteaux avec du mâchefer.
A quinze ans, il vendra des journaux, des cigares : peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares !

Charles Cros

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Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.

Sans aliénation, vivez, autant que possible en bons termes avec toutes les personnes. Dites doucement et clairement votre vérité. Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants, ils ont eux aussi leur histoire.

Evitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit.

Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands et plus petits que vous. Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements. Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.

Soyez vous-même.

Surtout, n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez pas cynique en amour car, il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe. Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain.

Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.

Au delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Vous avez le droit d’être ici. Et, qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devait. Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cour. Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau.

Tachez d’être heureux.

Texte découvert  dans une église de Baltimore en 1692*d’un auteur inconnu

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01. avril 2020 · Commentaires fermés sur le remède de mercredi… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Catherine nous propose ce texte de Arièle Butaux :

Je vous écris d’une ville coupée du monde. Nous vivons ici dans une parfaite solitude qui n’est pas le vide. Nous prêtons chaque jour un peu moins attention à ce que nous ne pouvons plus faire car Venise, en ces jours singuliers, nous ramène à l’essentiel. . La nature a repris le dessus. L’eau des canaux est redevenue claire et poissonneuse. Des milliers d’oiseaux se sont installés en ville et le ciel, limpide, n’est plus éraflé par le passage des avions. Dans les rues, à l’heure de la spesa, les vénitiens sont de nouveau chez eux, entre eux. Ils observent les distances, se parlent de loin mais il semble que se ressoude ces jours-ci une communauté bienveillante que l’on avait crue à jamais diluée dans le vacarme des déferlements touristiques.

Le tourisme, beaucoup l’ont voulu, ont cru en vivre, ont tout misé sur lui jusqu’à ce que la manne se retourne contre eux, leur échappe pour passer entre des mains plus cupides et plus grandes, faisant de leur paradis un enfer. Venise, en ces jours singuliers, m’apparaît comme une métaphore de notre monde. Nous étions embarqués dans un train furieux que nous ne pouvions plus arrêter alors que nous étions si nombreux à crever de ne pouvoir en descendre !

À vouloir autre chose que toutes les merveilles qu’elle avait déjà à leur offrir, les hommes étaient en train de détruire Venise. À confondre l’essentiel et le futile, à ne plus savoir regarder la beauté du monde, l’humanité était en train de courir à sa perte. Je fais le pari que, lorsque nous pourrons de nouveau sortir de nos maisons, aucun vénitien ne souhaitera retrouver la Venise d’avant. Et j’espère de tout mon cœur que, lorsque le danger sera passé, nous serons nombreux sur cette Terre à refuser de réduire nos existences à des fuites en avant. Nous sommes ce soir des millions à ignorer quand nous retrouverons notre liberté de mouvement. Soyons des millions à prendre la liberté de rêver un autre monde. Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux. La nuit tombe sur la Sérénissime. Le silence est absolu. Cela suffit pour l’instant à mon bonheur.
Andrà tutto bene.

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30. mars 2020 · Commentaires fermés sur En compagnie de Boris Vian… · Catégories: Mots en partages, remèdes

L’atelier « Lecture à Haute voix » découvre cette année avec plaisir le grand Boris Vian
(nous venons de commémorer le centenaire de sa naissance).

Élizabeth s’est laissée inspirer…

« La vie ça tient de diverses choses » même des pires
« la vie c’est plein d’intérêt » même mortifère
« Il peut se faire que l’on meure
Même ça peut très bien se faire
Mais pourtant ça n’y change rien »
on s’accroche, on résiste, et on se demande « pourquoi que je vis? »
et on découvre la réponse simple et naturelle : « parce que c’est joli »!!

« Je voudrais pas crever avant d’avoir connu »:
à nouveau l’éclosion du printemps et sa myriade de couleurs et d’odeurs,
la caresse du vent frais sur mon visage

« Je ne voudrais pas crever sans savoir »
si le monde est sorti transformé de son confinement
si le chant d’un oiseau
si l’odeur de l’herbe fraîche
si le rire d’un enfant
si le sourire d’un inconnu
nous réjouit le cœur
« et il y a aussi » tous ceux que je connais
tous ceux que j’apprécie
« tout ce que je sais qui me plaît »

« je voudrais pas crever sans qu’on ait inventé »
la compassion, la fraternité, l’humilité, la paix

« je voudrais pas crever avant d’avoir goûté la saveur
… de la Vie

« Y’a du soleil dans la rue
J’aime le soleil mais j’aime pas » le coronavirus !
« alors je reste chez moi
en attendant que le monde vienne » régénéré
« le soleil reviendra bientôt »

« car l’soleil
de l’autre côté du monde
danse une valse blonde
l’soleil
fait le tour de la terre
et revient sans s’en faire » 

et les rues se rempliront de « travail et de bruit
Alors moi »
JE RESTE CHEZ MOI !!!!

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À écouter de beaux mots venus de Suisse : « EUX ILS SOIGNENT »

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27. mars 2020 · Commentaires fermés sur le remède du jour… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Proposé par Nadine

Le printemps de Jacques Prévert (extrait)

Grand Bal de Printemps
la musique de son nom
à toutes les lèvres est suspendue
Comme un jardin perdu qu’on vient de retrouver
encore plus beau qu’avant
Et encore plus vivant

Grand Bal de Printemps
Cet air court les ruisseaux et les rues de la ville
c’est le refrain du sang de ses veines populaires
le sang de ses plus vraies artères

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26. mars 2020 · Commentaires fermés sur Pour se distraire, méditer, faire plaisir… · Catégories: Mots en partages, remèdes

François Cheng n’en finit pas de nous offrir la joie, la sérénité…

Quatrains extraits de « Enfin le royaume »

La lumière n’est belle qu’incarnée, à travers
un vitrail ou le verre d’une bouteille de vin…
Consentons donc au sort d’être un œil fini
Qui se fait reflet de l’Éclat infini.

Les crapauds ont craché sur la lune,
Les corbeaux ont dévoré la lune,
L’araignée seule a défait refait
La tortueuse toile du songe nocturne.

Un iris,
et tout le créé justifié ;
Un regard,
et justifiée toute la vie.
≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈

Un peu d’humour aussi ça peut pas faire de mal
Extraits de « Joconde jusqu’à cent » d’Hervé le Tellier
(233 points de vue sur la Joconde, une sorte d’hommage aux Exercices de style de Queneau)

le point de vue du petit annonceur :

Tu es montée mardi dernier vers midi dans le bus 84 au parc Monceau, direction Luxembourg. Tu es brune, tu étais habillée tout en noir avec un foulard posé sur tes cheveux. Tu avais un sourire indéfinissable. Si tu lis Libé, appelle-moi. J’avais un chapeau mou à galon tressé et je me suis assis en face de toi. Rappelle-toi, je me suis disputé avec un abruti qui me marchait sur les pieds.

Écris au journal, qui transmettra. Léo (LV1503).

le point de vue du répondeur téléphonique :

Bonjour, monsieur. Vous ne me connaissez pas, mais moi, je connais fort bien la petite brune, 25 ans, un grain de beauté sous le sein droit, qui vient de vous laisser un message. C’est Mona, ma femme. Comment  j’ai obtenu votre numéro ? Oh, c’est très simple, je viens de rentrer, elle n’était pas là, et j’ai appuyé sur la bouche Bis de mon téléphone. Je suis tombé sur votre message en français, suivi de celui en italien, avec la voix de ma femme. Enfin, quand je dis ma femme… Apparemment, c’est aussi la vôtre.
Si nous nous rencontrions tous les trois, histoire de faire le point ?

le point de vue du penseur :

– À quoi tu penses ?
– Je pense que tu es comme la Joconde. T’as toujours l’air de regarder le paysage qui se trouve en fait derrière toi.

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À bientôt ne manquez pas de nous envoyez vos idées, vos textes, vos trouvailles pour alimenter cette rubrique
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24. mars 2020 · Commentaires fermés sur des échos du 20 … · Catégories: Mots en partages, remèdes

Offert par Anne-Marie S.

20 mars 2020

Explosion du printemps
Un virus microscopique
Met nos sociétés en déroute.

Explosion du printemps
Explosion de nos façons de vivre
Remises en cause.

Explosion du printemps
Rester chez soi
L’imagination sort de sa retraite

Explosion du printemps
Confinement
La nature reprend ses droits.

Anne-Marie

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Proposé par Ruth :

Mais que ce dieu Mars cette année est menaçant ! Il nous dit :
« Vous autres humains arrogants, on vous donne prairies fleuries, mers, sables et soleil, cimes enneigées, paysages envoûtants, rivières joyeuses, forêts profondes et généreuses et vous ne faites que les dédaigner pour partir toujours toujours plus loin amonceler, brutaliser sans compter, sans respecter, sans aimer, sans soigner cette nature terre et aussi le ciel désormais ! Égoïstes à en perdre haleine, vous m’avez appelé et je suis venu, moi le dieu de la guerre, MARS ! « 

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21. mars 2020 · Commentaires fermés sur C’est encore le printemps des poètes… · Catégories: Mots en partages, remèdes

Nous vous proposons une nouvelle rubrique qui nous permet de rester en lien,
de prendre soin les uns des autres en partageant ici
des mots, des poèmes, des photos, des lectures, des réflexions ou simplement des liens, des astuces qui éclaireront d’amitié les jours à venir…

Envoyez à Agnès ou Marie vos textes, documents, idées… pour alimenter notre rubrique

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LE COURAGE

Le feu chargé de mots
s’arrête sur la page
déchire l’intérieur
révèle le trop plein
la pâleur du sens
qui s’impose
rugir féroce
ou se fondre
incertaine
peur de se perdre
grimper aux arbres
pour un autre chemin

Anne-Marie Bernad

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If your Nerve, deny you –
Go above your Nerve

Si ton Courage te fait défaut
Va au-delà de ton courage.

Emily Dickinson

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RACHETER L’OBSCUR

Je mise sur ces barques
Échappant aux moiteurs

Cet élan de l’éclair

Hors du complot des brumes

Ces nœuds de l’ombre
Dissous par la parole

Cette volée d’étincelles
Surgie des labyrinthes

Ces lucarnes trouant l’opaque
Ces lunes rachetant l’obscur

Je mise sur ces clartés
Profondes et périssables

Sur l’intense face au terne
Sur l’aube face aux déclins.

Andrée Chedid

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Et une petite chanson pour se réjouir le cœur… ICI