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14. juillet 2019 · Commentaires fermés sur Des poèmes pour l’été ! · Catégories: Poèmes et Mots

Proposés par notre amie Nadine

Anna Akhmatova, Soir, in Requiem, Poésie/Gallimard,

Pendant une nuit blanche

Ah, je n’ai pas fermé la porte.
Je n’ai pas allumé de bougie.
Tu ne le sais pas. Fatiguée,
Je n’arrive pas à me coucher.

Voir comment disparaissent les lueurs
Du couchant dans l’ombre des pins,
M’enivrer du son d’une voix
Qui ressemble à la tienne.

Savoir que tout est perdu,
Que la vie est un enfer.
Oh ! j’étais persuadée
Que tu reviendrais.

∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞

Jean Sénac, Œuvres poétiques, Actes Sud

Querelle
La braise dans l’eau
les cendres chétives
noire la pierre éternise
l’instant discret l’âcre fléau.

Seul un temps de vaincre
plus sûr que le port
vase écluse séduit l’aigre
pelage de la mort.

Silencieuse dans la main
où se glaçait le charbon
une étoile de lin
noue sa Grâce au large Affront.

∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞

Nicolas Bouvier, Le Dehors et le Dedans, Zoé

C’était hier
plage noire de la Caspienne
Sur des racines blanchies rejetées par la mer
sur de menus éclats de bambou
nous faisions cuire un tout petit poisson
sa chair rose
prenait une couleur de fumée

Douce pluie d’automne
cœur au chaud sous la laine
au Nord
un fabuleux champignon d’orage
montait sur la Crimée
et s’étendait jusqu’à la Chine
Ce midi-là
la vie était si égarante et bonne
que tu lui as dit ou plutôt murmuré
« vas-t’en me perdre où tu voudras »
Les vagues ont répondu « tu n’en reviendras pas »

Trébizonde, 1953

∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞

04. avril 2019 · Commentaires fermés sur Pour prolonger le printemps des poètes… · Catégories: Poèmes et Mots

Dans FloriLettres n°202
la Revue littéraire de la Fondation La Poste

thumbnail of FloriLettres202

Rencontre avec Enki Bilal à l’occasion

des 20 ans du Printemps des poètes

cliquez sur l’image

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La revue  Poezibao, l’actualité éditoriale de la poésie
consacre un important dossier à

Antoine Emaz, disparu récemment

à télécharger ICI

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19. mars 2019 · Commentaires fermés sur C’est le printemps des poètes !!! · Catégories: Poèmes et Mots

J’ai vu une enfance violentée rêver devant un amandier en fleurs.
J’ai vu un homme emprisonné retrouver souffle à la lecture d’un poème.
J’ai vu le ciel déverser des tonnes d’azur sur nos morts.
J’ai vu la neige brûler moins que les larmes.
J’ai vu le soleil consoler un coquelicot, et réciproquement.
J’ai vu un arc-en-ciel en cavale sous l’orage.
J’ai vu un ange noir chanter sous les étoiles.
Et je n’ai trouvé qu’un mot pour dire cela qui transcende le chaos, l’éphémère et la joie mêlés de nos vies : LA BEAUTÉ.

Sophie Nauleau

07. janvier 2018 · Commentaires fermés sur « L’esprit familier » Charles Baudelaire · Catégories: Poèmes et Mots

 

L’esprit familier

De sa fourrure blonde ou brune

Sort un parfum si doux, qu’un soir

J’en fus embaumé, pour l’avoir

Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu :

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire ;

Peut-être est-il fée, est-il dieu.

Quand mes yeux vers ce chat que j’aime

Tirés comme par un aimant,

Se retournent docilement

Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement

Le feu de ses prunelles pâles,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire
Les fleurs du mal

 

 

 

04. janvier 2018 · Commentaires fermés sur « Grand âge » de Saint-John Perse · Catégories: Poèmes et Mots

Grand âge

Grand âge nous voici – et nos pas d’homme vers l’issue. C’est assez d’engranger, il est temps d’éventer et d’honorer notre aire.
Demain, les grands orages maraudeurs, et l’éclair du travail … Le caducée du ciel descend marquer la terre de son chiffre. L’alliance est fondée.
Ah ! Qu’une élite aussi se lève, de très grands arbres sur la terre, comme tribu de grandes âmes et qui nous tiennent en leur conseil … Et la sévérité du soir descende, avec l’aveu de sa douceur, sur les chemins de pierre brûlante éclairés de lavande.
Frémissement alors, à la plus haute tige engluée d’ambre, de la plus haute feuille mi-déliée sur son onglet d’ivoire.
Et nos actes s’éloignent dans leurs vergers d’éclairs…
A d’autres d’édifier, par les schistes et les laves. A d’autres de lever les marbres à la ville.
Pour nous chante déjà plus hautaine aventure. Route frayée de main nouvelle, et feux portés de cime en cime…
Et ce ne sont point là chansons de toile pour gynécée, ni chansons de veillées, dites chansons de Reine de Hongrie, pour égrener le maïs rouge au fil rouillé de vieilles rapières de famille;
Mais chant plus grave, et d’autre glaive, comme chant d’honneur et de grand âge, et chant du Maître, seul au soir, à se frayer sa route devant l’âtre… fierté de l’âme d’avant l’âme et fierté d’âge grandissante dans l’épée grande et bleue.
Et nos pensées déjà se lèvent dans la nuit comme les hommes de grande tente, avant le jour, qui marchent au ciel rouge portant leur selle sur l’épaule gauche.
Voici les lieux que nous laissons. Les fruits du sol sont sous nos murs, les eaux du ciel dans nos citernes, et les grandes meules de porphyre reposent sur le sable.
L’offrande , ô nuit, dans les préaux déserts et sous les arches solitaires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles termitières, le grand pas souverain de l’âme sans tanière,
Comme aux dalles de bronze où rôderait un fauve.
Grand âge nous voici. Prenez mesure du cœur d’homme.

Saint-John Perse

04. décembre 2017 · Commentaires fermés sur Écrire … un poème de Charles Aznavour · Catégories: Poèmes et Mots

Un superbe poème de Charles Aznavour,
qu’il a lu lors d’une récente émission  « La grande Librairie »

ÉCRIRE

Rêver, chercher, apprendre
N’avoir que l’écriture et pour Maitre et pour Dieu
Tendre à la perfection à s’en crever les yeux
Choquer l’ordre établi pour imposer ses vues
Pourfendre

Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge et pour mieux la souiller
Faire hurler, sans pudeur, tous ces espaces nus
Surprendre

Traverser les brouillards de l’imagination
Déguiser le réel de lambeaux d’abstraction
Désenchainer le trait par mille variations
Tuant les habitudes
Changer, créer, détruire

Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contrepieds de tout ce qu’on a lu
S’investir dans son œuvre à cœur et corps vaincus

Écrire ta peur de sueur, d’angoisse
Souffrant d’une étrange langueur
Qui s’estompe parfois mais qui refait bientôt surface
Usé de sa morale en jouant sur les mœurs
Et les idées du temps

Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit
Aller jusqu’au scandale
Capter de son sujet la moindre variation

Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l’œuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d’inquiétude

Souffrir, maudire
Réduire l’art à sa volonté brulante d’énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie
Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et on crie
Il nous restera ça
Il nous restera ça

Charles Aznavour

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30. octobre 2017 · Commentaires fermés sur As-tu entendu parler de la rose … · Catégories: Poèmes et Mots

 

As-tu entendu parler de la rose qui a fleuri d’une fissure dans le béton?
Prouvant que les lois de la nature sont fausses, elle a appris à marcher sans avoir de pieds.
Étrange, mais en s’accrochant à ses rêves, elle a appris à respirer l’air pur.
Longue vie à la rose qui a poussé dans le béton, alors que personne n’y a jamais fait attention.

Tupac Shakur

La photo est de Jean-Michel ainsi que la proposition du poème …

24. octobre 2017 · Commentaires fermés sur « Un poème » de Georges Perec · Catégories: Poèmes et Mots

Un poème de G.Perec, dernier poème du recueil « La clôture et autres poèmes », évoquant sa mère disparue, lu le vendredi 6 octobre à la maison de la poésie Jean Joubert.

 

Un poème

Est-ce que j’essayais d’entourer ton poignet
avec mes doigts ?

 Aujourd’hui la pluie strie l’asphalte
Je n’ai pas d’autres paysages dans ma tête
Je ne peux pas penser
aux tiens, à ceux que tu as traversés dans le noir et
dans la nuit
Ni à la petite automobile rouge
dans laquelle j’éclatais de rire

L’ordre immuable des jours trace un chemin strict
c’est aussi simple qu’une prune au fond d’un compotier
ou que la progression du lierre le long de mon mur.

Mes doigts ne sont plus ce bracelet trop court
Mais je garde l’empreinte ronde de ton poignet
Au creux de mes mains ambidextres
Sur le drap noir de ma table.

Georges Perec, La clôture

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02. avril 2017 · Commentaires fermés sur En poésie, la lumière … · Catégories: Poèmes et Mots

Le printemps est là
léger, subtil, éclatant …
Avec la lumière  …
Qu’en dîtes-vous Pierre Albert Birot ?

Il y avait de beaux dessins cet après-midi
sur le plancher
Mais quand le soleil est parti,
Il a tout emporté.
Pourquoi le soleil ne nous laisse-t-il pas
ses beaux dessins
quand il s’en va?

Pierre Albert-Birot

*********

On prend l’ombre à pleines mains

Et sans en avoir l’air

On en remplit ses poches

Jusqu’à ce qu’il ne reste plus

Que la lumière

                                                            Pierre Albert-Birot                                                      

20. mars 2017 · Commentaires fermés sur Quelques jolis mots pour le printemps des poètes… · Catégories: Poèmes et Mots

Boutures

Elle était la gardienne d’un étrange jardin. Un jardin profus, insolent. Un jardin volé à tous les autres jardins. Le fuchsia des Brulard y côtoyait le rosier des Dulong. Les géraniums de la sœur à Jobic s’y mariaient effrontément à ceux de Madame Dudevan. Tandis-que le lilas des Kergris s’amourachait comme c’est pas permis de la bignone de Gaston.

C’est bien simple, on aurait dit que les plantes de tous les Montaigus et tous les Capulets du village avaient fait exprès de se retrouver là, dans le jardin de la mère Bouture qui parlait tous les soirs à son chat en breton et pouvait, disait-on, au moment des moissons, faire fleurir un bâton !

Joëlle Brière

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« Les papillons ne sont que des fleurs envolées un jour de fête où la nature était en veine d’invention et de fécondité »

« La nature est belle, le sentiment s’exhale de tous ses pores ; l’amour, la jeunesse, la beauté y sont impérissables »

« Le poète élève la voix et dit aux hommes des vérités qui les irritent »

« Nohant devient bien joli, il y a des fleurs partout et j’en ai rempli ma petite chambre. Je fais des jardins sur ma table. »

« Ce poète est dans mon palais comme un objet de luxe, comme un vain trophée qu’on admire et qui ne sert à rien. Un vêtement d’or vaut-il une cuirasse d’acier ? On aime à respirer les roses de la vallée, mais on est à l’abri sous les sapins de la montagne »

George Sand

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« …Offrez-leur pour festin la mer immense à parcourir… »

Vers tiré d’un poème de John Keats, intitulé SUR LA MER, (recueil de poésie Seul dans la splendeur)

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Vivre heureux avec des moyens modestes ;
préférer l’élégance au luxe et le raffinement à la mode ;
être quelqu’un de bien plutôt que de respectable, à l’aise sans être riche ;
apprendre avec ardeur, penser avec calme, parler avec bonté, agir avec franchise ;
écouter, le cœur ouvert, les étoiles et les oiseaux,
les jeunes enfants et les vieux sages…

W.E. GHANNING (1780-1842)

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Une maison pleine de livres, comme un arbre d’oiseaux ou un rucher d’abeilles. Des livres qui chantent et qui bourdonnent, qui nichent sur les rayons et font leur miel en nos cœurs. Des livres qu’on oublie, des livres que l’on retrouve ; de vieux livres tout secs et poussiéreux, de jeunes livres éclatants de fraîcheur et sentant l’encre ; des livres serrés les uns contre les autres, des livres tordus de s’être penchés sur le voisin, des livres cachés derrière l’endroit qu’ils occupaient ; des livres posés en travers des autres parce qu’il n’y a plus de place pour les accueillir, des livres empilés un peu partout parce qu’on ne sait plus où les ranger ; des livres ouverts comme une main tendue, des livres fermés comme un visage sur son secret, des livres qui délivrent et font vivre.

Oui, une maison pleine de livres, aussi heureuse, aussi grouillante de pensées et d’imaginations qu’une maison pleine d’enfants. Une maison couverte de livres comme un toit l’est de tuiles, une maison pleine de pages dévorées des yeux, assimilées par l’esprit et engrangées dans nos mémoires.

Carnet d’un Bourguignon « Les fruits de l’automne » Pierre Poupon éd. de l’Armançon

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(…) Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre, et le premier oiseau et la première abeille
Encore mal dégagés de la chevelure des ténèbres et des rumeurs
Dans leur vol liquide se cognent contre les étoiles et les fleurs.
Poète, à mon métier, tandis que se défait l’immense toile d’araignée céleste, la page du cahier où je travaille et que j’oubliais sur l’écritoire
Fut un miroir à son dernier quartier où toute la nuit s’est penchée, où vinrent boire,
Écartant les souffles lascifs des roseaux, les bêtes nocturnes, la source nue
Et je n’ai, sur le calque de leurs traces, qu’à repasser à l’encre par-dessus.

J’écris avec les pattes des lièvres qui n’ont cessé de courir dans les prés,
Avec le frôlement de la sauvagine et des astres, et tout ce qu’ils auront à me dire je ne le saurai que bien après.
J’écoute la joie de vivre et de sentir battre un cœur universel dans ma poitrine.
Et l’aube me reçoit debout, pasteur des mots, comme un à qui l’on confia un troupeau et qui se réveille le gardien des collines. (…)

Jean Malrieu
extrait de « Le nom secret » (1968),
« Libre comme une maison en flammes »

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16. mars 2017 · Commentaires fermés sur Le 19ème printemps des poètes en poèmes · Catégories: Poèmes et Mots

Le 19ème Printemps des poètes se termine  le 19 mars !
Mais le partage poétique se prolonge
autant qu’on le souhaite !

Voici donc quelques poèmes pour poursuivre la Rencontre avec les poètes d’Afrique(s) :

 

Comment dire Afrique ?

Je n’écrirai ni le mot noir,
ni le mot soleil,
ni le mot désert.
Comment dire Afrique, le large delta de tes doigts qui irrigue ma main,
les signes originels tracés à l’heure où s’épanouit une lune en berceau,
le fleuve de ton sang qui coule de tes viscères jusqu’à ma bouche ?
Tes légendes volent de grain de sable en grain de sable
et les Dieux partagent ta vie quotidienne.
En toi, je cherche ma mémoire du mystère.
Tes morts sont les miens, ils dansent dans la sève des arbres,
dans la course de la gazelle en fuite,
dans la glaise pétrie par les grandes pluies.
Comment dire tes rides d’expression, les cicatrices de ton corps,
la sueur qui creuse tes reins rouges ?
Moi « rose d’oreilles », comment pourrais-je dire ?

Chantal Dupuy-Dunier

****

Afrique (extrait)

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t’ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de I’ esclavage
L’esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs
blanches et fanées
C’est l‘Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’amère saveur de la liberté.

David DIOP

****

Poème te voilà, si peu de mots, des phrases comme
Une musique plutôt que du sens, une musique
Mais pas vraiment, que des mots :
On saurait mal en mesurer les rythmes.
Et soudain des façons poème que tu as
De les précipiter (distrait, ou qui pense à sait-on quoi?)
Peu de bruit nous reste dans l’oreille et tu ne proposes
Aucune mélodie qu’on pourrait connaître par cœur.

 

James SACRE

****

Dans mon pays


Dans mon pays

on ne prête pas,

on partage.

Un plat rendu

n’est jamais vide ;

du pain

quelques fèves

ou une pincée de sel.

Tahar BEN JELLOUN

****

Sur le sable…

Sur le sable, les feuilles de cocotiers
Sont tombées ; je les observe, couchée
Sur une natte façonnée à ma manière
Mes pores vibrent de cet air
Doux et frais ; le temps est magnifique
L’inspiration se frôle à ce bruit
Paradoxe effectif dans un univers mirifique
C’est le soleil qui, délicieusement luit
Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc
Les yeux se régalent sous les élans
De la beauté du paysage.
Les ondes marines me parviennent
Elles me portent un message
Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent
Ces mots marquant mon passage
Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.
C’est le mystère de l’écrivain
Partout, sa plume s’agite
L’univers lui, crépite
A sa guise, ses devoirs de devin
Il est un esclave de la nature
Qui chante sans cesse ses aventures.

Harmonie D. BYLL CATARYA

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Et vous, avez-vous des poèmes à partager ?

C’est ICI qu’il faut les transmettre !

15. janvier 2017 · Commentaires fermés sur Un poème de Julos Beaucarne · Catégories: Poèmes et Mots

Catherine nous propose de découvrir ce beau poème

Ton Christ est juif
Ta voiture est japonaise
Ton couscous est algérien
Ta démocratie est grecque
Ton café est brésilien
Ton chianti est italien

Et tu reproches à ton voisin d’être un étranger

Ta montre est suisse
Ta chemise est indienne
Ta radio est coréenne
Tes vacances sont tunisiennes
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine

Et tu reproches à ton voisin d’être étranger

Tes citrons viennent du Maroc
Tes litchis de Madagascar
Tes piments du Sénégal
Tes mangues viennent du Bangui
Tes noix d’coco d’Côte d’Ivoire
Tes ananas d’CAlifornie

Et tu reproches à ton voisin d’être un étranger

Ta vodka vient de Russie
Ta bière de Rhénanie
Tes oranges d’Australie
Tes dattes de Tunisie
Ton Gulf-Stream vient des Antilles
Tes pommes de Poméranie

Et tu reproches à ton voisin d’être un étranger

Ton djembe vient de Douala
Ton gingembre vient d’Ouganda
Ton boubou vient d’Tombouctou
Tes avocats du Nigéria
Tes asperges viennent du Chili
Ton ginseng vient d’chez Li Peng

Et tu reproches à ton voisin d’être un étranger

Julos Beaucarne

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29. décembre 2016 · Commentaires fermés sur Un poème de Jean Malrieu à partager · Catégories: Poèmes et Mots
Nadine invite Jean Malrieu à sa porte, lui dit sans détour mais avec timidité : « Parle aux gens qui voisinent avec moi, ceux que j’apprécie, ceux qui, en cette année « particulière » m’ont tant apporté. Dis leur en ta poésie si fine, discrète, ce que le partage fait naître » …
Il a répondu ceci :

À l’usage des humbles

A l’usage des humbles, de ceux qui s’aiment, j’écris que la terre est dure, que tout passe, hormis l’amour.
J’écris ce que je sais et ce que nous savons, mais que nous avons à mieux connaître pour vivre,
Que la fougère épouse le houblon,
Que l’amour n’est jamais malheureux.
J’écris à longue haleine parce qu’au bout du souffle il y a le rire à délivrer.
J’écris le monde qui sera.
Ce n’est pas en un jour qu’il viendra, mais après un long respect, une longue connaissance.
J’écris pour assumer le bonheur.
Et que m’importe comment si l’herbe au crépuscule a un langage stellaire.
Si je dis que tout est familier, ceux qui s’aiment entrent sans hésiter dans le système des gravitations.
M’entendez-vous ? La mer est à ma porte et je ne la retiens que par un tout petit peu d’imagination.
M’entendez-vous lorsque j’accorde audience aux grands thèmes de passage.
Je me bats avec les éclats de rire, les armes de la jeunesse, avec la centaurée sauvage, la bourrache et le lotier.
J’appelle au nom de la santé des prés, de la houle des sainfoins, de la sueur des hommes.
J’appelle au nom des cheveux de l’aimée, d’une main prise sur l’épaule, d’un avenir commencé à deux.
Avec les armes du plaisir, avec les larmes du désir.
J’écris le bonheur sur la table.

 

Que votre fin d’année soit tendre et douce, que le début de l’autre soit emplie d’instants sereins et d’heures pétillantes.

Nadine Gonfrier-Piccolo

 

11. décembre 2016 · Commentaires fermés sur Des Poèmes et des Mots que nous aimons … · Catégories: Poèmes et Mots

Un poème proposé par Jeannine !

Le mot de la fable

J’avais un mot sur le bout de la langue.

Un tout petit mot,

pas plus grand que ça.

Il ne voulait pas que je le dise.

Il avait peur de tomber.

Lassé, j’ai crié : « Sors! »,

grâce à un autre mot, moins couard,

qui était à côté par hasard.

Mais le petit mot resta sur le bout de la langue.

Alors, je me suis dit :

« D’accord, laissons-le là.

Il faut toujours garder en soi un mot qui n’obéira pas « .

 

Carl Norac

in Petits Poèmes pour passer le temps

 

 

05. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Des Poèmes et des Mots que nous aimons … · Catégories: Poèmes et Mots
Poèmes partagés à la fin de l’atelier Des Mots et des jours par Agnès
La nuit n’est jamais complète
La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.
Paul Eluard

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Banalités

Il y a toujours quelque part une étendue de jour
le travail du soleil ne s’arrête jamais
Il y a toujours quelque part un oiseau qui chante
et son chant fait chanter un autre oiseau plus loin

Il y a toujours quelque part un enfant qui naît
La vie invente la vie sans se décourager
Il y a toujours quelque part un vivant qui meurt
Etcaetera   etcaetera   Ainsi de suite   Etcaetera

C’est comme ça depuis l’origine   Et ce sera pareil
jusqu’à la fin   La plus grande banalité
Si pourtant je n’arrive pas tout à fait à m’y faire
si je m’étonne encore   eh bien   c’est que c’est mon affaire

ce manège incessant qui me verra cesser

Claude Roy

03. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Des poèmes et des Mots que nous aimons · Catégories: Poèmes et Mots
L’un écrit l’autre pas
Lequel se déplace
Dans le paysage qui nous lie ?
 
Le poème a besoin d’un blanc
Pour l’accueillir
Le plus difficile n’est pas dans l’écriture
Mais dans ce temps recherché
Où s’arrête la forêt des sollicitations
Et des tumultes du jour
 
Christian Sapin
Ce poème est extrait de Voyage à l’envers des jours aux éditions « Le Dé bleu / L’Idée bleue », nous dit Nadine.
18. octobre 2016 · Commentaires fermés sur Des Poèmes et des Mots que nous aimons · Catégories: Poèmes et Mots
28. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Des mots à partager …. · Catégories: Poèmes et Mots
 
Se réjouir de la beauté
du monde, avec des mots,
de la musique !
Y mettre selon l’humeur
de la rage, de la tendresse,
de l’humour.
Taquiner le monde, y lancer
la parole, quoi …

En ce jour, voici ces mots que j’aimerais vous offrir à mon tour.

Je les ai lus sur le site de : « Cause toujours / Fabrique poétique » .

Nadine Gonfrier-Piccolo
19. mars 2016 · Commentaires fermés sur Florilège pour le printemps des poètes 2016 · Catégories: Poèmes et Mots

Voici le florilège de nos poèmes choisis

en l’honneur du Printemps des Poètes

sur le thème de l’année 2016 : « Le grand XXème »

 

L’escalier descendait

   jusqu’au fond du poème

   où dansaient les mots nouveaux

         en robes d’italique et d’elzévirs

Dans une cour

abandonnée par l’histoire

un très vieil arc-en-ciel

distribuait des couleurs

aux derniers oiseaux de la terre

C’est en ramassant

une couleur sur la route

que l’ombre

se brûla les doigts

        

François Dodat (1908-1996)

°°°°°

ECHO
 
De ce clavier, de cet archet,
que ma voix s’élabore !
Il faut chanter avec la source.
A la bouche du fleuve, il ne sera plus temps.
Que ma voix s’évapore, au fil de la musique,
et pour l’écho futur.
Même cent ans plus tard, le rocher s’ouvre,
la source rejaillit.
Car la voix jamais ne s’anéantit.
Elle revient, comme l’oiseau à la main qui jadis le lança,
même si entre temps l’homme à force d’attendre
est devenu statue.
Et peut-être y a-t-il
dans les abeilles qui bourdonnent
plus de voix d’homme qu’on ne pense !
 
Michel LAGRANGE
Poème tiré du recueil « Noces de marbre » éd. Saint Germain des Prés

°°°°°

Mots

Que garderez-vous de l’oiseau,
Du nom de l’oiseau et de l’arbre aux oiseaux ?

Que garderez-vous des choses
Et des choses simples qui passent ?

Mots
Qui passez comme l’oiseau passe,

Mots
Qui ne peuvent être saisis
Et me saisissent,
Que garderez-vous encore de son nom ?

Yves Namur
Ce que j’ai peut-être fait

°°°°°

Flaque de lumière,
Flaque d’eau,
Au sein de l’éternelle rotation des astres,
Cette brève flamme chasse la lente grisaille
D’un après-midi.

Flaque de lumière,
Flaque d’eau,
Attirant quelques moineaux : leurs gazouillis
Rappellent un instant le bonheur terrestre :
La soif étanchée.

__________________________

Parfois, ce qui murmure en nous
Devient audible. Nous entendons
Alors tant et tant d’autres murmures
Chez les vivants et les morts, depuis
La nuit des temps, disant un secret
Lancinant jamais éclairci, basse

Continue de la Voie qui seule sait.

__________________________

C’est le jour du printemps,
Tu longes seul le jardin :
De l’autre côté du mur,
Une branche qui dépasse
Chargée de fleurs jaune or
Dont tu ignores le nom…

C’est l’heure pour toi
D’abandonner
La peur, le doute
De passer outre.

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Toi l’absente,
Tu le sais,
Désormais,
Nous serons au monde
Par ta présence.

Par ton regard,
Par ton sourire ,
Par ta voix qui dit
Tout le chagrin, toute la joie
De l’impensée vie terrestre.

Tous les rêves inaccomplis,
Tous les désirs inachevés,
Âme douloureuse ayant percé
L’infini, âme transparente
Qui désormais les irradie.

Toi la présente,
Tu nous conduis au centre
Du Double-Royaume,
Par-delà
Toute absence.

François Cheng
La vraie gloire est ici

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Entends le rire de demain?

Il est puissant. Il est, confiant,

Dans l’amas des jours, la réserve.

Passe un soleil comme un paysan

Jetant son or comme semences.

S’en vient la pluie comme la herse

Ou le froid comme un grand seigneur.

J’ai fait le pacte avec les hommes.

Ainsi, je remplis le cellier,

Avec la branche morte fais la flamme

Et, de la cuve et dans le cœur,

De la vendange de l’hiver

Monte l’ivresse des soleils.

Jean Malrieu

(1915-1976)

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Confiance au futur

Poètes de demain

mes amis pour l’amour

ne craignez pas les inventions

ni les machines à rebours

qui font la mort au goût du jour.

Il y aura toujours des îles

et des mers au fond du ciel.

Les cris de joie des éléments

l’âme enchantée d’être animale

auront encore leurs paradis

et leurs vallées et leurs midis.

Et mes poèmes d’aujourd’hui

auront la chance de chanter

de l’autre côté du silence

sur le versant des nouveaux bruits.

Pierre Boujut

(1913-1992)

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DE KENNETH WHITE

POÈTE ÉCOSSAIS ET POÈTE FRANÇAIS

La sorte de livre qui me plaît le plus est le carnet de notes. Tout ce que j’écris à présent prend cette forme qui est absence de forme. Je ne puis pas respirer dans le langage s’il n’y a pas de ruptures et d’espaces…
… Quelque chose qui n’a ni commencement, ni milieu, ni fin (c’est ainsi que j’aime à voir la vie) et qui, ne partant d’aucunes prémisses, n’atteindra aucune conclusion. Tout ce que j’offre est un peu de spontanéité, un peu de présence…
… Présence de quoi ? de moi-même, je suppose, et de tout ce qui est impliqué en moi, qui peut être l’Écosse, mais qui peut remonter beaucoup plus loin et être beaucoup plus étendu que l’Écosse. Je ne suis pas prêt à le définir ; j’en suis toujours au stade de l’’exploration. Je doute de jamais le définir ; de vraiment vouloir le définir.
Je ne parle jamais que de présence au monde.

En toute candeur /1980

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PORT DE GLASGOW

Épais brouillard sur les docks
épais comme le silence
un seul nom de bateau
éclairé d’une lumière verte
Suranaa, Kristiansand

PORT OF GLASGOW

Thick fog over the docks
And as thick a silence
Only one name of a ship
Lit by green light
Suranaa, Kristiansand

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DANS LE TRAIN, UN MATIN D’HIVER

Entre Béziers et Narbonne
vignes sous le givre
et un gros soleil rouge
qui court, ivre , sur l’horizon

WINTER MORNING TRAIN

Between Béziers et Narbonne
vineyards under frost
and a big red sun
running mad on the horizon

Terre de diamant, poèmes, 1985

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A l’enterrement d’une feuille morte

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le cœur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’œil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Jacques Prévert

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Savoir

Le poème nage dans un vent et brille.
Il ignore qui il est jusqu’à
ce qu’on l’entraîne ici, où
certainement il mourra
à l’intempérie des fauves.
J’aimerais comprendre les fauves
pour comprendre le fauve qui est en moi.
La réalité fait gémir avec des halètements de bête.
Quelle grâce son souffle y a-t-il gagnée ?
Aucune si ce n’est la perte.
Sous la douceur crépite le doute.
Dans ces mains.

Juan Gelman (1930-2014)
poète argentin, militant contre la dictature

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Quartier libre

J’ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non
on ne salue plus
a répondu l’oiseau
ah bon
excusez-moi je croyais qu’on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l’oiseau.

Jacques Prévert

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L’Homme ouvert

Cet homme portait son enfance
sur son visage comme un bestiaire
il aimait ses amis
l’ortie et le lierre l’aimaient

Cet homme avait la vérité
enfoncée dans ses deux mains jointes
et il saignait

À la mère qui voulut enlever son couteau
à la fille qui voulut laver sa plaie
il dit « n’empêchez pas mon soleil de marcher »

Cet homme était juste comme une main ouverte
on se précipita sur lui
pour le guérir pour le fermer
alors il s’ouvrit davantage
il fit entrer la terre en lui

Comme on l’empêchait de vivre
il se fit poème et se tut

Comme on voulait le dessiner
il se fit arbre et se tut

Comme on arrachait ses branches
il se fit houille et se tut

Comme on creusait dans ses veines
il se fit flamme et se tut

Alors ses cendres dans la ville
portèrent son défi

Cet homme était grand comme une main ouverte.

Jean Sénac
Paris, 21 avril 1952

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Il se dessine une veine rose dans l’air

et peu à peu plusieurs, comme sous la peau

d’une main jeune qui salue ou dit adieu.

Il s’insinue une douceur dans la lumière

comme pour aider à traverser la nuit.

Autant de plumes, tourterelle pour tes ailes,

autant de rumeurs tendres à tes lèvres, inconnue.

Philippe Jaccottet

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La nuit

Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
A pas de vent de loup de fougère et de menthe
Voleuse de parfum impure fausse nuit
Fille aux cheveux d’écume issus de l’eau dormante

Après l’aube la nuit tisseuse de chansons
S’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses
Et les jambes mêlées au fuseau des saisons
Veille sur le repos des étoiles confuses

Sa main laisse glisser les constellations
Le sable fabuleux des mondes solitaires
La poussière de Dieu et de sa création
La semence de feu qui féconde les terres

Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
A pas de vent de mer de feu de loup de piège
Bergère sans troupeau glaneuse sans épis
Aveugle aux lèvres d’or qui marche sur la neige

Claude Roy

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19. février 2016 · Commentaires fermés sur Printemps des Poètes 2016 · Catégories: Poèmes et Mots

Le dimanche 20 mars,

vous découvrirez le florilège de nos poèmes choisis

en l’honneur du Printemps des Poètes

Le thème de l’année 2016 : « Le grand XXème »

09. janvier 2016 · Commentaires fermés sur « Un cri de paix » de René Depestre · Catégories: Poèmes et Mots

Un cri de paix
Tu ouvres ce soir des yeux merveilleux,
Tu regardes les hommes, la terre, la vie,
Tu as des yeux sur tout le corps.
Ta bouche regarde, tes poumons aussi,
Tes mains ouvrent cinq paires d’yeux,
Ton ventre, ton sexe, tes pieds, par la vue
Prennent possession de l’écorce somptueuse du monde.
Ton destin regarde, tu veux tout voir.
Tu veux être pierre avec les pierres,
Arbre avec les arbres,
Rossignol avec les rossignols,
Humain avec les humains.
Tu aimes ton siècle,
Tu te roules dans son herbe,
Tu veux que toutes les menaces s’éteignent,
Que l’atome de la folie
Laisse à la terre la douceur de vivre,
A des millions de mains qui se croisent,
A des millions de lèvres qui se retrouvent
Après un long et douloureux divorce,
A la joie suivant jour après jour
La sève qui s’épanouit dans les rosiers.
Tu regardes, frère.
Tous les yeux de ton corps sont en larmes,
Tu aimes, tu es amour,
Tu es tendu comme un arc
Vers l’objet de ta passion : la terre humaine.
Tu veux crier, sortir dans la rue,
Être porteur d’une contagion merveilleuse
Que tu répandrais sur ton chemin.
Tu en imbiberais le pain, l’eau, le sel,
Les baisers des amants, le feu, les fleurs,
Les mots de toutes les langues,
Les draps de tous les lits,
Le lait de toutes les mères.
Tes yeux te font mal, tes yeux sont en flamme
A force de regarder la vie avec amour.

 

René Depestre

 

Ce poème a été dit par Romane Bohringer, en hommage aux victimes de Charlie-Hebdo à écouter en cliquant  ici

 

 

 » René Depestre est un poète et écrivain né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.

Il publie en 1945 ses premiers vers dans le recueil Étincelles. Engagé dans la vie politique de son pays, il est incarcéré, puis doit quitter son île natale pour partir en exil en France, puis à Cuba. Il y exerce pendant près de vingt ans d’importantes fonctions aux côtés de Fidel Castro et Che Guevara. Il continue à écrire des poésies et publie notamment Minerai noir en 1956, traduit en russe en 1961 par Pavel Antokolski, dans lequel il évoque les souffrances et les humiliations de l’esclavage. Dans les années 1970, il fuit Cuba et les dérives castristes, et s’installe à Paris où il travaille de nombreuses années pour l’UNESCO.

René Depestre poursuit son œuvre d’écrivain-poète à Lézignan-Corbières où il s’est installé dans les années 1980. Son roman Hadriana dans tous mes rêves (1988) reçoit le Prix Renaudot, le Prix du roman de la Société des gens de lettres et le Prix du roman de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 1991, il remporte le Prix Tchicaya U Tam’si pour la poésie africaine, et en avril 2007, il est le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie pour son livre La rage de vivre édité aux éditions Seghers. »

Source Wikipedia